Le livre des Baltimore – Joël Dicker

Couv

Je voulais tout de même m’approcher du phénomène. J’avais, je ne sais absolument pas pourquoi, préféré faire l’impasse sur le Harry Quebert qui s’est ensuite vendu à 1,5 millions d’exemplaires. Je n’avais aucune opinion sur Joël Dicker –Ni pour ni contre,  bien au contraire – Et puis j’ai vu, dès que les Baltimore ont pointé leur nez, que cette histoire avait un intérêt au-delà même du bouquin. On adorait Dicker ou on le détestait mais on ne s’en foutait pas. On était prêt à monter au créneau pour le défendre, on faisait de lui un génie de la narration, un nouveau John Irving, un as du Page-turner intelligent. Ou alors un sombre crétin (ou presque) qui écrivait comme ses pieds, enfilait les clichés et les poncifs comme des perles et appliquait la recette imparable du suspense domestique en bout de page. J’ai écouté, avec plus d’intérêt que d’habitude, l’équipe vaguement moisie du « Masque et la Plume » s’étriller à son sujet, Viviant et Garcin détruisant le livre alors que Crépu, Raspiengeas et Martin l’encensaient. Même chose côté blogs, ça adorait contre toute attente ou ça détestait comme jamais. Il fallait que je sache. Dicker avait fini par m’intriguer.

Rien à dire sur le côté page-turner, pour tourner, j’ai tourné.  Je vais sans doute à avoir du mal à ne pas être trop méchant en évoquant cette saga familiale qu’on sait touchée par un drame dès les premières pages, ce que l’auteur se plait à nous répéter quasiment à chaque fin de paragraphe. Alors de quoi parle Le livre des Baltimore ? chronique d’une lente chute familiale, du bonheur qui s’échappe, de l’amour, de l’amitié que le temps et la convoitise finissent par ternir avant de détruire.

Marcus Goldman est un écrivain célèbre, la nouvelle coqueluche littéraire de l’Amérique. Il décide de s’isoler pour écrire et se retrouve dans un quartier cossu de Boca Raton en Floride. Là, guess what, le monde est petit, ou bien fait, ou bien petit, il tombe sur son ex, qui n’est pas seulement son ex, mais l’amuuuuur de sa vie et évidement, tout ne peut que recommencer mais seulement si les souvenirs sont convoqués. Et les souvenirs sont nombreux qui constitueront la trame même de ce Livre des Baltimore. L’histoire singulière des Goldman de Baltimore, les cousins de Marcus, de Hillel, le cousin surdoué et gringalet (sorte de Owen Meany en hommage à Irving) et de Woody, le colosse beau gosse au corps de rêve, adopté par les parents parfaits de Hillel. Saul l’oncle, l’avocat aussi bon que riche et Anita sa femme sublime. Une famille de rêve qui ne peut que s’effondrer, qui plus est de façon spectaculaire, encore une fois, on nous l’annonce à chaque fin de page. Alors je tourne et je devine, je dessine, les prémices du fameux drame qui n’en finit pas de s’annoncer. L’auteur après avoir tricoté, tricoté, finit détricoquer presque de façon symétrique. C’est la chute de la maison Goldman. Les Goldman de Baltimore s’effacent les uns après les autres alors que Marcus et Alexandra, le fameux amuuur se rapprochent inexorablement. Un baiser pour la caméra, clap de fin.

Merde, j’ai été encore plus vache que prévu. Peut-être un peu trop car oui, j’ai lu ce bouquin relativement épais en très peu de temps, je l’ai avalé comme je peux me jeter sur un Big mac sans avoir faim. Il ne m’en est rien resté à part un vague regret, comme quand je sors du Mc Do. C’est bon, c’est chaud, sans surprise, je mets tout dans la bouche en même temps, ça dure dix minutes puis j’ai la gerbe pendant des heures. Mais j’y retourne quand même. J’ai lu ce bouquin, je l’ai littéralement descendu comme j’aurais pu me gaver de sagas américaines à la télé un dimanche après-midi pluvieux, une couverture sur les genoux et une tablette de chocolat dans la main.

Je sautai en bas de l’autocar et nous nous jetâmes dans les bras les uns des autres. Et pendant de longues secondes, nous serrâmes du plus fort que nous pûmes l’amas de corps, de muscles, de chair et de cœurs que nous formions ensemble.

Le plaisir avec ce livre tient dans son efficacité, à sa capacité à vous renvoyer à l’épisode suivant et à une certaine forme de suspense qui tient quand même mal pas de la recette appliquée méthodiquement. On ne s’ennuie pas, on attend la suite après la pub. Quant à l’écriture, on m’avait prévenu mais quand même…Dicker est un phénomène. A peine avais-je refermé ce livre que ma femme le commençait. Après dix pages elle m’a dit « T’es vache, c’est pas si mal écrit » et puis après vingt pages « Non, t’as raison, c’est hyper mal traduit ». Non, non, ça n’a pas été traduit, Dicker écrit en français. CQFD.

Le livre des Baltimore, Joël Dicker, éditions de Fallois

11 commentaires

  1. Oui mais tu l’as lu jusqu’au bout et tu ne l’as pas lâché! !! Page turner je te dis ! Je le rerereredis : j’ai adoré. ….lu en quelques heures ….comme je m’envoie un pot de nutella en deux coups de cuillère à. …… vivement le prochain nutella !

  2. Tu résumes assez bien en fait L’affaire d’Harvey Québert. Je n’ai pas encore lu Le livre des Baltimore, mais comme je fais partie de ceux et celle qui contre toute attente ont été enchantés par L’affaire, je pense que je ne vais pas tarder à m’y plonger. Finalement, le véritable talent de Dicker c’est peut-être ça : faire revenir les lecteurs, malgré eux. 🙂

  3. tiens tiens, amusant le rapprochement en bas d’article avec John Irving, c’était la réflexion que je m’étais faite avec l’affaired’Harvey Québert, roman que j’avais trouvé interminable et proche de l’Irving des débuts, mais en « mou du genou ». pour celui-ci, je vais faire l’impasse…

  4. Pas lu celui-là, mais j’ai tâté du Harry et j’ai eu exactement la meme sensation que toi. Tu lis tout d’une traite, mais tu restes vide. En tous cas, il y a trop d’excellents auteurs pour se cantonner aux moyens.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s