The lobster – Yórgos Lánthimos

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C’était la semaine dernière, juste avant que la terre s’arrête de tourner. J’ai un peu perdu le fil après, comme tout le monde. On avait pourtant passé une bonne soirée, salle de cinéma bondée, nous même pas en retard, contraints de s’installer au premier rang, c’était jeudi soir, tout Paris était de sortie.

Je voulais voir ce film dont la bande annonce laissait entrevoir un univers décalé, dérangé. Il y avait un côté extrêmement froid qui se dégageait des visages et des paysages et puis un humour noir qui pouvait présager du meilleur. The Lobster, film d’anticipation glacé de Yórgos Lánthimos, vague cousin de 1984, de Brazil ou du Fils de l’homme, une fable Kafkaïenne un peu dingue dans un décor très vieille Angleterre, hôtel traditionnel, moquette épaisse au sol,  blazers à boutons dorés, cols roulés, afternoon tea et bonnes manières.  Un hôtel un peu particulier qui accueille, un peu forcés, des hôtes qui n’ont que 45 jours pour trouver ou retrouver l’amour avant, s’ils échouent, d’être transformés en l’animal de leur choix. Dingue. David/ Colin Farrell, moustache fatiguée et quarantaine taciturne, est transféré à l’hôtel en compagnie de son chien dont on apprend très vite qu’il est en fait son frère, qui a lui-même échoué à trouver l’âme sœur dans le même établissement, deux ans plus tôt.

A partir de là, tout est possible, on peut tout imaginer. Et Yórgos Lánthimos exploite parfaitement le potentiel cinglé et cinglant de son idée. Chasses à l’hommes en pleine forêt, séances d’éducation sexuelle de groupe ridicules, cynisme et humour noir, malaise relatif, qui fait penser au meilleur de The office, on passe de la gêne au rire, on se dandine sur son siège, jamais vraiment confortable, toujours un peu entre deux eaux devant ce spectacle dérangeant, sooo British, tellement cauchemardesque quand il prend les traits familiers de la bonne société anglaise (ou irlandaise en l’occurrence). Les films d’anticipation sont tout de même moins flippants quand ils mettent en scène des univers éloignés du nôtre, un bon extra-terrestre, ça détend…

J’ai beaucoup aimé The Lobster, et surtout la première partie, la plus rythmée, qui se déroule à l’intérieur de l’hôtel. Des scènes vraiment dingues, souvent très drôles, des dialogues décalés qui contrastent avec un jeu d’acteur volontairement figé et peu expressif, ce qui bien sûr contribue à glacer un décor froid comme un jour de novembre pluvieux dans le nord de l’Irlande. Et puis Colin Farell qui marmonne en ciré « When the wild roses grow » au milieu d’un forêt dégoulinante et grise, c’est tout de même étonnant.

Un drôle de film assez virtuose qui pourrait ressembler à un charmant cauchemar, charmant car beaucoup moins réel que celui qui passe en boucle sur les chaînes d’info depuis vendredi soir.

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