D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds – Jón Kalman Stefánsson

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Il est étrange, pour ne pas dire rudement surprenant, de constater qu’il existe des mâles qui se croient à la hauteur et dignes d’être considérés comme des hommes à part entière alors même qu’ils ne se sont jamais mesurés à la mer.

Keflavik, c’est le premier pied posé sur la lune islandaise. Les premiers paysages qui s’offrent à l’oeil du touriste. L’aéroport international, tout au bout du bout. Une terre désolée, un immense champ de lave, très noir, qu’on parcourt un peu ébahis sur le chemin qui nous emmène vers Reykjavik. Keflavik n’a pas la majesté des paysages qu’on devine au loin, c’est une terre dure et inhospitalière.

C’est ce décor qu’a choisi Jón Kalman Stefánsson pour célébrer son pays à travers cette saga qui parcourt trois époques et trois générations. Ari revient au pays à la demande de son père mourant. Il revient sur les terres qui l’ont vu grandir, fuir aussi, laissant derrière lui femme et enfants. L’auteur nous raconte Oddur, le grand-père pêcheur et Margrét la grand-mère qui elle aussi revint un jour au pays. Il nous parle de Tryggvi, l’oncle poète, comme Ari, qui un jour sauta à la mer pour nager vers la lune. Un drôle de tableau, mélange étrange de dureté et de poésie.

L’Islande est une terre âpre, lit-on quelque part, « à peine habitable les mauvaises années »

Un beau roman qui appelle une suite – déjà parue au pays – un livre lent et beau qui bizarrement même s’il appelle parfois le sommeil… se lit je trouve, assez facilement et avec pas mal de plaisir. Stefánsson nous enveloppe dans une certaine torpeur agréable. Sa langue, très poétique, assez magique, nous berce sans pour autant nous assommer. 

Mais D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds n’est pas à proprement parler un page-turner. On ne termine pas un chapitre en sueur ou en apnée en se rongeant les ongles. Non, avec Stefánsson, on savoure la lenteur de l’Islande éternelle. Rien ne presse et rien ne vaut une belle phrase qui se détache au milieu d’une page, qu’on notera, qu’on isolera, qu’on relira. Il y a quelque chose de très beau et de gratuit dans la langue de l’auteur, quelque chose qui nous détache de l’absolue nécessité de l’intensité dramatique, qui nous rapproche de l’écriture, et même si j’ai parfois glissé, dans un vague soupir « C’est beau mais c’est chiant » à la lecture des 450 pages de cette saga familiale, je referme le livre l’esprit un peu cotonneux, l’âme lente et rêveuse prêt à replonger dès que l’occasion s’en présentera, dans le eaux glacées de la baie de Keflavik.

Il est plus aisé de trouver le bonheur quand on vit près d’un rivage.

D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds, Jón Kalman Stefánsson, éditions Gallimard

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