Après le silence – Didier Castino

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Très vite il y a donc eu le patron. Lui et nous, le weekend et la semaine, ceux qui vont à l’école et ceux qui n’y vont pas. Très vite il y a eu méfiance et obéissance, la distance s’impose entre nous, entre son insolente richesse et nos mains brûlées, nos dos cassés. On reconsidère ce qui nous semblait naturel, équilibré.

Ça c’est un bourre pif en pleine gueule. Un bon coup de poing sans sommation. Pas vu venir. On ne pouvait pas le voir arriver non plus, Après le silence est le premier roman de Didier Castino. Un roman serré, dense comme un cœur beaucoup trop gros, incapable de respirer entre les lignes. Après le silence, c’est l’histoire de Louis l’ouvrier et du plus jeune de ses fils. Un fils qui devra se construire sans le père, faire face à la l’absence, se confronter au modèle, celui que tout le monde cite en exemple, qui continue de hanter les vies bien après la mort.

Il meurt comme une merde qu’on écrase, il est mort dans la boue, dans le sang, il est mort comme plein d’autres ouvriers sont morts cette année-là.

Louis, c’était l’ouvrier combattant, communiste et chrétien, qui croyait aux causes justes, qui se cassait le dos à la fonderie mais qui ne lâchait pas. Derrière lui il y avait Rose. Et les garçons. Le dernier avait sept ans quand le 16 juillet 1974, Louis a rejoint la liste des ouvriers morts à l’usine. Sept ans c’était trop jeune pour voir le père mutilé sur son lit de mort, trop jeune pour entendre la vérité, trop jeune pour assister à l’enterrement. Alors le plus jeune de Catella doit vivre dans l’ombre de ce manque et se débrouiller pour grandir quand même, pour exister à sa façon. Il faudra sans doute tuer le père une seconde fois pour y parvenir.

On mesure l’absence du père à ce qui s’est produit après sa mort et qu’il n’a pas vécu. Sa mort nous laisse vivre sans lui ce qu’il ne connaîtra jamais.

Après le silence est un superbe roman rythmé par une colère froide, une écriture à la fois serrée et poétique. Récit ou dialogue post-mortem entre père et fils, où deux narrateurs se chevauchent, se succèdent, Louis occupant l’espace puis le laissant progressivement à son fils avant de disparaître…

L’air qui circule entre les lignes est aussi lourd et étouffé que le cœur de la fonderie. Histoire d’une vie ouvrière, histoire des vies prolétaires, des combats perdus d’avance, des idéaux déçus. Roman du deuil et de l’absence également, tout en pudeur. Didier Castino et ses mots simples, universels, nous touche, nous émeut et nous écorche. C’est peut-être un bouquin de mecs, une course derrière le père, un rapport cru, poing levé, à la filiation et aux racines mais ce Après le silence remue au plus profond, là où les hommes vont parfois se cacher de peur qu’on les y trouve.

Après le silence, Didier Castino, éditions Liana Levi

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