Best of livres 2015

31 décembre, plus grand chose à faire ni à espérer. Compter les heures qui nous séparent des bulles en beurrant des toasts.

2015 une année avec les livres, une bonne année de ce point de vue, riche, variée, inattendue. Des espoirs déçus? Oui, bien sûr, on ne peut pas s’amuser à chaque fois. Vargas m’a gonflé, Dicker m’a saoulé, Jérôme Garcin, carrément énervé. Bégaudeau aussi, pour d’autres raisons. Certains m’ont fait bailler et soupirer mais à part Legardinier et son chat péruvien, je les ai tous terminés, je n’en ai lâché aucun, pas un seul pavé ne m’est tombé des mains.

Cette année, je me suis marré en tournant les pages. J’ai retrouvé le Joblard anti-héros alcolo de Jean-Marc Royon, champion de la gouaille avinée et inspirée, je me suis plongé dans les aventures politico-loufoques made in Côte d’Azur de Laurent Chalumeau. Kif porte bien son nom avec ses personnages plus vrais que nature, ses terroristes  de carnaval, son sosie de Nadine Morano, poulette politique pathétique, joues roses, et flamme aux fesses. J’ai ri à la poésie décalée de Gauz, vigile ultra observateur de nos travers consuméristes. Et puis aussi, et surtout sans doute, je me suis régalé en dévorant l’hilarant (j’assume le côté désuet du mot) La dictature des ronces de Guillaume Suaudeau, bijou absolu de poésie absurde, coup de cœur des coups de cœurs 2015.

Côté noir, je me suis marré encore grâce à Jake Hinkson et son Enfer de Church street, et puis je me suis calmé en avalant le Cry father de Benjamin Pike. J’ai fait un petit tour bluffant chez François Médéline, un détour en Espagne avec Olivier Martinelli et son superbe Quelqu’un à tuer, j’ai pris froid dans les Cévennes avec Franck Bouysse mais c’est le Gran Madam’s d’Anne Bourrel, road trip à l’arrêt, brûlant comme du bitume qui fondrait sous un soleil insupportable, qui rafle la mise. Celui-là, huit mois après l’avoir lu d’une traite, il me colle encore aux semelles avec sa sale odeur de goudron.

Les autres sont inclassables. Ou plutôt je n’ai pas envie de les classer. J’ai adoré suivre Vernon Subutex, le Néo-Jésus des Buttes Chaumont, j’ai tutoyé la folie avec La Madrivore, je l’ai rencontrée grâce aux incroyables Charognards de Stéphane Vanderhaegue. Inclassable, J’étais la terreur de Benjamin Berton, où le parcours fantasmé d’un Kouachi finalement ordinaire, Inclassable Illska, l’OLNI islandais d’ Eirikur Orn Norddahl et son regard interrogatif sur la peste brune, qu’on avait crûe, à tort, éradiquée. Magnifique Après le silence de Didier Castino, premier roman à la maîtrise parfaite, histoire ordinaire de la lutte, et quête du père.

Et puis, au final, je retiens les trains. Ceux qui errent sans but, déboussolés, dans des déserts post-modernes. Des trains qui n’ont pas de destination, dont le seul dessein est de rouler, de courir après un monde dont on a oublié jusqu’aux origines. Terminus, génial roman graphique, suite du magnifique Transperceneige de Rochette et Boquet, l’histoire d’un train fou, pendant futuriste de l’Arche de Noé, fable écolo, aussi noire que la neige. Ce train, un autre, le même, qui parcourt, peuplé de fantômes, la steppe post-nucléaire de Terminus Radieux. Car s’il n’y en a qu’un, je retiendrai le roman d’Antoine Volodine, prix Médicis 2014, un conte apocalyptique extraordinaire qui n’en finit pas de me hanter.

Bon, j’ai beau dire que je me suis marré cette année, mon livre préféré est quand même un roman apocalyptique…Je me dis qu’on a dû prendre un coup derrière la tête à un moment donné. Je vais retourner beurrer mes toasts, je vais mettre le Champagne au frais. Ce soir, je vais peut-être même danser, on sait jamais. En fait j’aime bien penser qu’on ne sait jamais. Vivement 2016.

 

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