Le chant de la Tamassee – Ron Rash

9782021109849

Le corps de la fillette appartient maintenant à la Tamassee, à l’instant même où elle s’est avancée dans les hauts fonds elle a accepté la rivière selon ses conditions. C’est ça la nature sauvage – la nature selon ses conditions, pas les nôtres.

 

Le Ron Rash de l’hiver. Ça a fini par devenir un rendez-vous attendu. Depuis 2009 et Un pied au paradis, l’auteur nous raconte l’Amérique profonde, le côté sombre et misérable de l’Oncle Sam. La terre de Virginie, de Caroline du Sud, de Géorgie, ces états du sud, ruraux, durs, très éloignés des tours de Manhattan.

Il fait souvent gris chez Ron Rash, ça rigole peu, ça sent souvent la misère et la tragédie. Certains trouvent qu’il force un peu le trait. C’est parfois vrai, les romans de Ron Rash ont ce petit regard de cocker triste qui émeut ou qui agace. Le chant de la Tamassee, c’est une nouvelle plongée dans cet univers rural un peu fermé. Une fillette s’est noyée dans une rivière que tous craignent et admirent. Des courants forts, des rouleaux, elle a disparu en quelques secondes sous les yeux de ses parents. Mais la Tamassee a gardé son corps, elle ne l’a pas rendu et la zone est trop dangereuse pour que les plongeurs puissent la remonter. Il faudrait détourner le cours d’eau, faire baisser le niveau de la rivière pour parvenir à plonger à cet endroit.

Mais on ne touche pas à la Tamassee. Pour certains, fervents défenseurs de la nature, cette rivière est beaucoup plus qu’un cours d’eau capricieux, c’est un « esprit » à la limite de la divinité et le corps de Ruth doit reposer en paix en son cœur. Mystique ? un peu, oui. Étonnante fable écolo, le chant de la Tamassee célèbre la Nature (avec un grand N), beaucoup plus forte que l’homme au pays même de la pollution décomplexée. On pourra trouver le propos un peu simpliste, le trait un peu épais, moi, j’ai justement beaucoup aimé le caractère presque religieux que l’auteur fait endosser à cette rivière incontrôlable. Et tant pis si, encore une fois, Ron Rash fait la part belle à la mélancolie, à la nostalgie, aux rendez-vous ratés, tant pis si son Amérique ne voit jamais le soleil, si les épaules son basses, les regrets omniprésents et les yeux larmoyants, moi je ne m’en lasse pas (pas encore?) je me laisse volontiers bercer par le chant envoûtant de la sirène Tamassee.

Le chant de la Tamassee, Ron Rash, éditions du Seuil.

6 comments

  1. Ton billet est très tentant !! je suis devenue une inconditionnelle de l’écriture et de l’univers de Ron Rash. La couverture de ce nouveau roman est sublime.

  2. Je suis très contente de ce rendez-vous Ron Rash, et je vais vite découvrir si le propos est simpliste, en tout cas, mélancolique et nostalgique, ça me va très bien.

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