Rural noir – Benoit Minville

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Y a même plus d’usines à fermer chez nous.

C’est drôle, je ne connais pas Benoit Minville, je ne l’ai jamais rencontré, je ne suis pas ami avec lui sur FB même si nous avons certainement une dizaine de contacts en commun. Je ne l’ai jamais croisé et pourtant j’ai l’impression d’avoir vu cent fois déjà sa «gueule de BD», cette barbe, ces airs de faux méchant, vrai métaleux en deuil de Lemmy.
Libraire passionné de noir, proche de pas mal d’auteurs dont j’adore les bouquins, Minville c’est le passeur dans la famille polar. Il suffit de le voir brandir un bouquin de façon menaçante pour s’y intéresser. Personnage.
Minville écrit. Du noir, forcément. Du polar nourri à ses innombrables lectures. La 4ème de couv’ cite Larry Brown, Benjamin Whitmer ou James Ellroy parmi ses influences, rien que ça. Minville a déjà publié plusieurs livres aux Editions Sarbacane. Mais là c’est différent, la Série Noire de Gallimard édite son Rural Noir. Changement de catégorie et de statut. J’avais très envie de me plonger dans sa Nièvre de cauchemar.
La Nièvre, je connais bien. Varzy, Clamecy, Corbigny, l’étang de Baye…drôle de région peuplée de fantômes et de villages abandonnés ou presque. Serge Joncour dans l’Ecrivain National avait fait une description très juste de cet univers figé dans le siècle dernier, ces petits bleds où tout le monde se connait, cette immobilité menaçante, cette fausse tranquillité. La ruralité absolue, l’isolement forcé.

J’ai grandi – pas dans le 58 – dans un univers proche de celui que décrit Benoit Minville. Petit village oublié, bande de copains, mobylettes, packs de bières, clopes et shit pour certains. Ce groupe de gamins que l’auteur décrit dans Rural Noir, ces amis qui grandissent ensemble, Chris, Romain, Vlad et Julie, je les connais. A la fin de l’enfance on passe très vite de l’innocent Club des Cinq aux premières conneries. Certains y sont encore et l’adolescence se charge de casser ce qui restait du groupe.

Les filles trop maquillées, habillées trop court, visages presque déjà vieux, gloussaient aux blagues de mecs en doudoune, jean, casquette, adossés à leur meule.

Minville nous parle de la jeunesse qui dérape. Vlad s’est laissé dériver, entrainé par ce cinglé de Cédric. Chris et Romain pansent comme ils peuvent les plaies du décès de leurs parents. Romain est parti sans prévenir et quand il revient quelques années plus tard, le groupe n’existe plus. Vlad et Cédric font leurs petits trafics, tout le monde le sait. On se regarde un peu de travers, jusqu’à ce que Vlad se fasse massacrer et qu’on le laisse pour mort. Alors sur les ruines de leur histoire commune, pour leur «frère» dans le coma, Chris et Romain vont remonter avec leurs poings jusqu’à la source de la violence. Ça cogne dur au milieu du grand nulle part.
Rural Noir est construit comme un classique du genre. Charpente solide, codes du noir respectés. On tourne les pages. J’ai beaucoup aimé cette description de l’adolescence des campagnes que j’ai, encore une fois bien connue. Par contre j’ai pas mal de réserves sur la langue. Les dialogues manquent de spontanéité, ils sonnent un peu faux, pas assez secs et ça m’a gêné tout au long du bouquin. Dommage parce qu’à la fin, je sors un peu frustré de cette lecture. J’hésite entre bien et bof. Mais il y a quelque chose  chez Minville, un truc à la Whitmer qui sommeille. Il est peut-être encore un peu trop poli pour le moment mais ça ne va pas durer et le rockeur va prendre le pouvoir, c’est sûr. Je retournerai chez Minville, rendez-vous est pris.

Rural noir, Benoit Minville, éditions Série noire.

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