San Francisco – Zëro

Cover San Francisco-250x250

C’était sans doute en 92 ou alors fin 91, je ne sais plus. Ce soir-là, la Chalouère (ancêtre oublié du Chabada) avait fait le plein. Ambiance rock sérieux, le côté hardcore de la cité des Thugs. Ça sentait le Black et noir à tous les étages. Au programme, les lyonnais de Deity Guns qui venaient de sortir un six titres, Stroboscopy, sur le label angevin.

Moi je me remettais à peine de la découverte tardive du Daydream Nation de Sonic Youth, le plus beau des orages. Les rares critiques disaient de Deity guns qu’ils étaient les enfants naturels de la bande à Kim Gordon. Je n’allais pas louper ça. J’étais seulement incapable d’imaginer la fessée phénoménale que j’allais prendre ce soir-là. Un truc tellement puissant que j’en garde encore un souvenir incroyable vingt-cinq ans plus tard. Stroboscopy était une attaque frontale d’une violence inédite. Un mur du son hardcore en pleine face. C’était physique, même pour le spectateur. On se prenait des vagues de dix mètres en pleine face et on n’avait pas le temps de reprendre notre souffle avant la suivante. Optical burst, Pushing Kingdom, stroboscope ininterrompu, un maelström de guitares noires surpuissantes, une basse qui vous guidait à travers la tempête et une batterie géniale qui vous amenait au bord de la transe, à grands coups de bâton imparables. Fabuleux.

Ensuite la rumeur est venue et a enflé, on disait que Deity Guns travaillait avec Lee Ranaldo. Le guitariste des Sonic Youth (Saint Lee) allait produire leur deuxième album. Aussi logique qu’incroyable…Sonic Youth en pleine gloire accordait une reconnaissance de paternité aux lyonnais. Si j’avais été plus émotif, j’en aurais pleuré. L’album est arrivé, magnifique. Faussement apaisé, moins frontal il posait les premières pierres de la maison post-rock. The map, le morceau qui ouvre l’album est un chef d’œuvre – non je ne galvaude pas- Le pont qui le structure en son milieu, une accalmie extraordinairement inquiétante, illustration de nos pires cauchemars, est une merveille. Je pourrais citer tous les morceaux, Billy Dracks, Tinnitus ou Cruising coast shadows, l’album est passé à la postérité. Culte.

Bästard a pris la suite, Eric Aldea en tête. Quelques albums dans la lignée du Deity Guns de Trans-lines appointment, des titres extraordinaires là encore : From the Hillside, Chinatown (putain Chinatown…), Growing daisies…La liste pourrait être longue et je m’interroge. Pourquoi n’ont-ils pas eu plus de succès ? Ils étaient plus doués que Mogwai, moins directs sans doute mais meilleurs. Je réécoute 6:45pm en écrivant ce billet et je ne comprends pas.

Anyway, comme disent les anglais. Bästard a splitté avant le changement de siècle. Aldéa et Laurino ont poursuivi leurs explorations musicales, on citera Narcophony, Spade & Archer, avant de former Zëro (cet amour des trémas…) et de continuer à servir le côté bruitiste et expérimental de la cause. Zëro revient et sort un album en ce début d’année. Il y a toutes les chances qu’il passe plus inaperçu que le «grand» retour de Renaud, et comme dirait Caliméro, c’est vraiment trop injuste.

Dès la première écoute, dès les premières notes, j’ai retrouvé mon amour de jeunesse, la diction si particulière d’Eric Aldéa, la batterie géniale de Franck Laurino, cette fin longue et apaisée, menaçante balade mortifère accompagnée par une guitare paresseuse à la Ry Cooder. Le bonheur. Surprise pop ensuite avec Ich…Ein groupie, was passiert, c’est le printemps ? puis alternance de morceaux purement post-rock, de fureur hardcore. Deity guns, Bästard, Zëro, l’histoire de la bande son de mes rêves se poursuit, discrètement, sans compromis, fidèle et belle.

J’écoute San Francisco, le dernier morceau de l’album. Sorte de boucle purement jazz, harmonie jouissive répétée à l’infini. Je ferme les yeux, je suis déjà loin.

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