Des femmes qui tombent – Pierre Desproges

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Ainsi, pour qui s’emmerde au trou perdu, la mort du voisin ranime toujours un peu la vie, mettant la joie dans les chaumières où le père noue sa cravate noire des cimetières en fredonnant des javas usées.

Ni queue ni tête, bien au contraire. Je ne savais même pas qu’il avait écrit un roman. Enfin, si toutefois on peut qualifier ce Des femmes qui tombent de roman. Soyons clairs et directs, cette histoire ne vaut pas un pet de lapin. Et on s’en contrefout. Le pitch de cette farce barge à la Monty Python, tient sur un mini post-it et semble avoir été pondu en quelques secondes, sur le coin d’une table graisseuse, par le génie disparu.

Résumons. Dans la bonne ville de Cérillac, les femmes meurent mystérieusement et se ramassent à la pelle. La terre est envahie discrètement par des petits gris bouffeurs de pneus qui, parce que le caoutchouc s’en est venu à manquer sur leur planète, ont décidé d’envahir la nôtre de façon à pouvoir continuer à se nourrir. Ils se tapent des durites et des roues de secours (sans oublier de recracher la jante pas digeste), tout en maniant la langue, l’esprit et le second degré à la perfection. Desproges expédie les femmes par la fenêtre sans que leurs hommes aient à les y pousser, c’est forcément l’expression d’un fantasme déguisé sous une loufoquerie absolue. On navigue en eaux troubles, perdus dans un flot ininterrompu de bons mots – toutes les phrases sont géniales – et on se dit que ce scénario de nanar digne d’un croisement entre Mars Attacks et Red is dead (le film dans le film de Les Nuls) n’est vraiment pas l’essentiel. A la limite, plus le scénario est pourri, plus langue devient la seule raison d’être de ce bonheur littéraire. Car la langue de Desproges est un tel feu d’artifices qu’on oublie, au bout de ses innombrables digressions, jusqu’au sens de sa phrase, jusqu’au sujet de l’intrigue. Desproges parle, régale, soliloque, bouffonne et le plaisir est incomparable. Une merde sublime.

Maintenant, assez rigolé, laissez-moi vous branler.

Des femmes qui tombent, Pierre Desproges, éditions Points

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