L’apaisement – Lilyane Beauquel

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Je pense aux plans que j’ai envisagés, au terrain que je n’ai pas cherché, au temps que j’ai laissé passer, comme souvent.

Un jour la vague arrive. Elle surprend la vie là où elle est, et emporte tout avec elle. La vague détruit, prend et souille. Quelques instants, comme un grand flash inattendu et puis plus rien. Le silence à nouveau, la mer qui se retire sans bruit, qui emporte les corps et les âmes. Restent les vivants, dépouillés eux aussi d’une partie d’eux-mêmes disparue dans les flots. Des âmes en peine qui errent, hagards, au milieu des décombres, qui cherchent un être disparu, un objet, un souvenir, une connexion à la vie, celle d’avant le tsunami, celle d’avant Fukushima et les radiations.

Trouver un sens à la vie. Jim a perdu Itoé. Sa femme a été emportée comme des milliers d’autres corps avalés par la vague. Il reste seul avec Kyo, l’enfant. Veuf d’une ombre dont il ne savait rien ou presque, dont il se détachait chaque jour un peu plus, Jim erre lentement dans les décombres irradiées. Le futur n’aura de sens que s’il parvient à se connecter aux souvenirs et à la terre. Itoé partait seule dans les montagnes, à la recherche de son passé, Jim devra lui aussi entreprendre cette quête, ce voyage intérieur pour revivre, ou pour naître, enfin.

Ta maman est partie, elle ne reviendra pas, mais elle a peut-être laissé quelque chose de précieux pour nous dans les montagnes, je vais le chercher.

Conte moderne -presque post-nucléaire- très esthétique, battu par les pluies, chargé d’une noirceur endeuillée, l’Apaisement est avant tout le récit – sublime – d’un retour à la vie. D’une extrême lenteur poétique, le texte de Lilyane Beauquel, presque un chant sacré murmuré, nous plonge dans un état méditatif étrange, vertueux. Tout est lent, le moindre geste s’effectue au ralenti, il faut choyer la terre, il faut l’aimer pour qu’elle revive, il faut la regarder, la sentir, la goûter. L’apaisement est sans doute une fable écologique, un hymne à la lenteur nécessaire, un procès à peine maquillé fait à nos vies trépidantes et désordonnées. C’est un appel à la sagesse, à une révolution des consciences, (des pleines consciences ?), une formidable publicité pour les bienfaits de la méditation. L’apaisement, porté par la langue fabuleusement juste de Lilyane Beauquel est un enchantement sombre, gris comme un nuage radioactif et léger comme une rêve heureux, malgré tout.

Je suis un jardinier tardif de plantes et de souvenirs.

L’apaisement, Lilyane Beauquel, Gallimard

2 comments

  1. Très belle chronique sur un livre magnifique, qui donnera envie à d’autres de lire ce livre et de le partager.

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