Le rapport de Brodeck – Manu Larcenet

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Je pense que si Manu Larcenet décidait d’illustrer le bottin ou ma liste de courses, je jetterais un œil au résultat. C’est comme ça. Ça dure depuis le combat ordinaire, puis Le retour à la terre (peut-être dans le désordre), puis le géant BLAST puis enfin, cette adaptation du Rapport de Brodeck, le roman noir, si noir de Philippe Claudel, qui m’avait fait faire des cauchemars hantés par cette saloperie de femme du commandant d’un camp de concentration…Le roman était fort, vraiment fort. Assez implacable, tellement plombé que jamais on ne n’imaginait le soleil capable de surgir de derrière ces montagnes germaniques peuplées de rustres taiseux et méfiants. De la belle ouvrage que ce roman .

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Alors Larcenet, son univers décalé et ses délires oniriques en noir et blanc, la promesse était belle, trop belle pour que je m’abstienne…et j’ai bien fait. Le premier tome était sorti l’an dernier et j’attendais depuis, avec une impatience certaine, la suite et fin de ce conte abominablement humain.

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Dans une contrée imaginaire germanique, à l’écart dans les montagnes, après, juste après ce qui ressemble à la deuxième guerre mondiale, un homme, Brodeck, villageois à la lisière, pas né au village, revenu à moitié vivant des camps de la mort, se voit confier la tâche ignoble de raconter l’indicible. De rédiger un rapport qui expliquera pourquoi. Pourquoi le village a lynché cet homme différent « L’Anderer », un homme venu d’on ne sait où, qui avait le don de sublimer l’ordinaire et dont la poésie avait le tort de perturber un ordre établi depuis des millénaires. L’autre, c’est le danger, c’est la peur. Et la peur c’est la mort. Roman graphique plus noir que le pire de tes cauchemars, Le rapport de Brodeck, version Larcenet, est un joyau qu’on ne peut pas rater. C’est une œuvre qui restera, qu’on lira et relira, qu’on offrira accompagné d’un warning « pour public en forme, dépressifs s’abstenir », dont on isolera certaines planches pour ce qu’elles évoquent malgré elles. J’ai lu La Belette et Silence quand j’avais 12 ans et je n’ai cessé depuis de faire référence à Comès, de relire ses chefs d’œuvres qui ont façonné mon enfance et mon imaginaire. Je crois que Le Rapport de Brodeck – mais BLAST l’était aussi – est de cette trempe. Un classique qui refuse les concessions, dont certains dessins vous hantent vous hanteront, des pages habitées de silences, d’une lenteur hypnotique qui vous porte. Un texte fort, une œuvre remarquable.

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Le rapport de brodeck, Manu Larcenet, éditions Dargaud

2 comments

  1. J’avais commencé le roman mais je l’ai reposé au bout de quelques chapitres, il me faisait peur… (oui je suis une petite chose sensible) Comme toi j’aime beaucoup Larcenet, et l’adaptation en bd pourrait être le moyen de revenir vers cette histoire

  2. c’est une très belle adaptation.
    J’adore ce que fait Larcenet. Beaucoup de poésie dans ce qu’il fait (enfin, sauf ses albums chez Fluide ;-))

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