J’ai toujours ton cœur avec moi – soffía bjarnadóttir

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Trois corneilles planent au-dessus d’une femme. Un vieux jour où tout tourne autour du cheminement complexe du sang. Du temps. Comment circule le sang entre les jours. Entre les années. Entre les hommes année après année.

Je vais, dans quelques instants, atterrir sur la terre miraculeuse. Dans quelques minutes, l’hôtesse passera entre les rangs pour nous dire d’attacher notre ceinture, redresser notre siège relaver la tablette. Bientôt, l’avion va percer l’épaisse couche de nuages et pénétrer cet univers incomparable fait de paysages lunaires, de volcans capricieux, de montagnes multicolores et de légendes tenaces. Le pays où le temps ralentit.

Je n’avais vraiment pas d’autre choix que de lire islandais avant de reposer les pieds sur la lune scandinave. J’ai choisi un premier roman, une histoire qui n’en est pas une, un récit qui suspend le temps, qui l’écartèle, qui l’allonge et le déforme, quitte à perdre son lecteur dans une nuit sans fin.

Aussi loin que je me souvienne, maman a toujours brûlé de l’intérieur. Comme Narcisse, elle était en quête de sa propre flamme. Du feu originel.

Hildur a perdu sa mère. Histoire d’un deuil, d’une parenthèse décalée, de quelques jours à l’écart sur l’île de Flatey, nulle part, là où Siggy avait fini par échouer à force de se perdre. Siggy, la mère qui ne l’avait jamais été, personnage extravagant, inquiétant, dont Hildur n’aura jamais trouvé la protection. La fille et sa mère auront passé leurs vies à se croiser, sans jamais vraiment se rencontrer. Mélancolie et poésie à fleur de peau.

Dans mon souvenir elle a passé sa vie à mourir.

Et si cette maison jaune au bout de l’île, devenait le lien que les deux femmes n’ont jamais pu tisser? Hildur, elle aussi, comme sa mère erre et cherche la nuit qui apaise. Elle non plus n’a pas pu être mère, du moins pas vraiment. Elle n’a pas pu être femme non plus. Elle a erré à la recherche de quelque chose, de quelqu’un. Sa mère est morte, elle n’a plus à la tuer. Elle peut laisser la paix et le jour sans fin s’approcher.

J’ai toujours ton cœur avec moi, soffía bjarnadóttir, éditions Zulma.

 

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