De nos frères blessés – Joseph Andras

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L’Algérie de demain est son pays, celle où le colonialisme ne sera plus qu’un mauvais souvenir, une parenthèse funeste dans le récit de l’exploitation de l’homme par l’homme, celle où les arabes n’auront plus à courber l’échine.

Alors évidemment ça pose question. Un jeune auteur refuse un prix. Un jeune auteur refuse un prix quand au même âge ou presque Marcel Proust se faisait bouler de chez Gallimard. Ça pose question. Joseph Andras serait-il donc un génie qui refuserait de barboter dans la mare – vaseuse – aux canards ? Je voulais vérifier, me faire mon idée. Surtout depuis qu’Eric Neuhoff le bougon du Figaro et du Masque l’avait étrillé sous les « Oh…Ah… »indignés de Jerôme Garcin. Je me suis donc attaqué à De nos frères blessés, récit, pas vraiment roman, même s’il a obtenu – et Andras a donc refusé – le Goncourt du premier roman.

Vie et mort de Fernand Iveton, bon français de souche qui par conviction militante, décida en 1956, de défendre la cause algérienne et de rejoindre l’opposition rebelle et armée.

Iveton projette de faire exploser une bombe dans son usine à Alger. Mais une bombe provocatrice, pas une tueuse. Une qui cassera des vitres et secouera les consciences. Et qui ne tuera pas. Seulement voilà, Iveton est repéré et dénoncé. La bombe n’explosera pas et Iveton fera connaissance avec les méthodes musclées de l’armée française. D’interrogatoires en séances de tortures, Iveton comprend que son cas est sérieux. Mais jamais, lui qui n’a tué personne, ne peut imaginer que son procès se soldera par une condamnation à mort. Le garde des sceaux, François Mitterand va forcément intervenir, forcément. Ou alors le président René Coty le fera. Jamais personne n’a été condamné à mort sans avoir tué…Oui mais.

Il est le traître, le félon, le Blanc vendu aux crouilles.

Que dire de ce livre ? Qu’il est très bien écrit sans doute. Les premiers chapitres sont denses, très serrés. Phrases courtes comme des coups de poings. Mise en page étouffante. On ne va pas ou peu à la ligne. Andras enchaîne comme s’il y avait urgence. Il assène les coups sans nous laisser respirer. Alors bien sûr de temps en temps il laisse passer une coquetterie qui fait une peu grimacer.

Soleil en tessons brisés.

Brûle la capitale par coupes franches.

Mais pour le reste, j’adhère. Son texte est tendu, sobre (à part les quelques frous frous…), il sert le propos, cette histoire réellement extraordinaire qui résonne encore plus en ce moment, qui met notre vieille francitude colonialiste et ses conséquences évidentes en perspective. On pourra reprocher un vague côté manichéen. Les porcs de français contre les bons opprimés… mais le texte touche au cœur. Il est fort.

Après, la démarche de Joseph Andras, son refus des honneurs, peut paraître décalée, voire prétentieuse. On s’en fiche un peu. Je n’aurais peut-être pas lu ce livre si l’auteur avait accepté la récompense. Andras est peut-être donc juste malin. Un malin qui écrit bien. C’est déjà pas si mal.

De nos frères blessés, Joseph Andras, éditions Actes Sud

 

 

 

One comment

  1. Je vais le lire cet été – le sujet m’intéresse, et les quelques avis que j’ai pu voir sur ce roman mettent en avant qu’il est très bien écrit. deux bonnes raisons donc de le lire. (même si comme toi je ne suis pas forcément adepte du buzz médiatique autour du refus d’accepter le Goncourt…)

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