Madame Bovary – Gustave Flaubert

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Avant qu’elle se mariât, elle avait cru avoir de l’amour; mais le bonheur qui aurait dû en résulter n’était pas venu
Et Emma cherchait à savoir ce que l’on entendait par les mots de félicité, de passion et d’ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres.

Un jour, il faisait beau et je regardais le ciel bleu, la tête tristement appuyée contre la vitre, je me suis dit qu’avant de me lancer dans la folie (chacun sa folie) de la rentrée littéraire –Oulala, quelle excitation, tous ces livres sur les étals- je me ferai bien un petit classique. Un truc que j’aurais dû lire il y a des années à l’école. Mais moi, à l’école, même en section littéraire, je ne lisais pas. Je mourrais d’ennui rien qu’en parcourant la quatrième de couv’ d’un Balzac, d’un Stendhal ou d’un Zola dont je préférais l’homonyme footballeur italien qui fît les beaux jours de Chelsea au début des années 2000. Bref, en matière de classiques, j’avais zappé mon XIXème siècle. Bovary, je connaissais bien sûr. Qui ne connait pas l’histoire de cette femme affligée par les tourments de l’ennui conjugal.

C’est Jean Rochefort qui m’a donnée envie de lire Madame Bovary. Enorme. Et paradoxalement, c’est Charles Bovary « Tout mou comme un Chocapic dans un bol » que j’ai eu envie de rencontrer. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose dans ce personnage supposé insignifiant, que j’avais envie de découvrir.

De vagues souvenirs de jeunesse sont  venus me rappeler à quel point la lecture des classiques pouvait être fastidieuse. Des phrases loooooongues, des descriptions interminables qui font décrocher les esprits vagabonds, me perdent et me rattrapent, me font relire la même page, oublier ce que je viens de lire. Je n’avais pas parcouru trois pages que j’avais envie d’arrêter. Très bien. J’ai du mal à lire alors je vais écouter Bovary. En podcast. Pas une grande idée…

Des heures de diction monotone me dressent un tableau dominé par des tons gris. L’ennui transpire jusque dans la voix de la liseuse. Je soupire pendant toute la première partie, celle de l’adolescence de Charles, gamin sage et inintéressant , couvé par une mère trop présente, pas brillant, pas passionnant, qui se marie à une veuve qu’il n’aime pas mais qui meurt vite, qui tombe amoureux sans même sans rendre compte de la petite Rouault, Emma, mais qu’il n’est même pas fichu de demander en mariage. Ça sent la tristesse à tous les étages et très vite, la jeune Emma se rend compte qu’elle vient de signer pour une vie monotone…Je ne vais pas vous raconter l’histoire, vous la connaissez. Madame rêve, comme dans la chanson et finit, de déprimes en déménagements par céder à la tentation de l’amour passion. Amants, exaltation et désespoir, tout y passe.

Mais très vite, c’est la surprise, je me laisse prendre par le rythme de la campagne normande, je vis la lenteur du XIXème siècle, je lâche l’autolib et je reprends le livre en mains. Les amours déçues d’Emma, son glissement progressif vers une vie de mensonges, ses dettes insurmontables, tout annonce une fin dramatique que l’on pressent tout d’abord, puis qu’on attend résolument. Charles le falot dévot est entrainé dans la chute et se révèle, magnifique, dans les toutes dernières pages du livre. Il a refusé jusqu’au bout de se voir en cocu et même confronté à l’évidence, quand il n’y a plus rien à défendre que l’amour pour sa défunte épouse, Charles reste digne et fort avant de s’éteindre, le seul peut-être qui ait jamais su ce qu’aimer voulait dire. Alors réhabilitons Charles ! même s’il est mou comme un Chocapic.

Madame Bovary, Gustave Flaubert, Le livre de poche.

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