Toni Erdmann – Maren Ade

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Quitte à retourner au cinéma – je passe sous silence volontaire les innombrables films pour enfants que j’ai dû subir cet été, dans une ambiance climatisée, parfum Haribo Pop-corn – Quitte à retourner au cinéma donc, l’esprit encore un peu en espadrilles, le bronzage pas encore totalement disparu et la température extérieure pas vraiment automnale, nous avions envie de fraîcheur et de légèreté réjouissante. C’est rarement en Allemagne –je ne vais pas me faire d’amis teutons- qu’on trouve légèreté et fraîcheur. Quant à l’humour…Bon je sais, ces considérations sont aussi connes qu’injustifiées, mais l’Allemagne est pour moi une énigme que j’ai renoncé à résoudre depuis le 8 juillet 1982 un peu avant minuit, comprenne qui voudra.

La sensation cinéma de cette fin d’été nous vient donc d’Outre Rhin. Le film de Maren Ade, après avoir conquis Cannes a débarqué sur nos écrans, précédé d’une jolie réputation, voire d’une étiquette « surprise de l’année », aussi prometteuse que dangereuse.

Toni Erdmann, 2:45. La première information tient dans la longueur du film, taille péplum, qui a plutôt intérêt à tenir ses promesses. Les comédies – puisqu’on nous présente Toni Erdmann plus ou moins mais pas tout à fait, comme une comédie – sont en général rythmées, pas toujours drôles mais truffées de gags et plutôt courtes. 2:45, je suis inquiet.

Et de fait le film est long. Et lent. Plaisant, sympa, joli, gentil, mais long. C’est dommage car quand un film est trop long, votre esprit critique vous entraine toujours du côté des ciseaux. Et vous commencez à faire ce que la réalisatrice à votre avis aurait dû faire. Couper. Mais reprenons.

Toni Erdmann est l’histoire charmante et un peu désabusée d’une relation Père-fille qui s’est perdue dans notre monde vilainement globalisé. Ines est auditrice dans un cabinet de consulting. 37 ans, célibataire, tailleur impeccable, mine triste et portable vissé à l’oreille, elle mène à bien une de ces missions conseil-épuration, symboles de notre époque Goldman-sachsisée. Son père, Winfried, Pierrot lunaire débonnaire aux allures de Jacques Weber, se lamente de ne plus voir sa fille, de ne rien savoir d’elle. Alors il débarque sans prévenir dans sa vie, déboule à son travail à Bucarest et s’installe. Evidemment, Ines ne supporte pas le côté intrusif et naïf de Winfried, qui ne comprend rien aux us et coutumes du monde triste et caricatural des consultants.  Quelques gaffes et quelques jours suffisent à enterrer définitivement une relation déjà inexistante, Winfried disparaît et laisse Ines à ses certitudes péremptoires et sa tristesse abyssale.

Mais, oh surprise, Winfried le clown réapparaît et s’impose pathétique et hilarant, fausses dents et perruque improbable, dans le monde d’Ines. Il s’appelle désormais Toni Erdmann, tantôt coach et consultant, tantôt Ambassadeur d’Allemagne, il revient sans peur du ridicule et bouscule doucement ce petit monde pas très charmant.

Deux heures plus tard et après d’innombrables maladresses et situations absurdes au ralenti, Ines prend son père dans ses bras et il est bientôt temps d’aller se coucher.

Je ne peux pas dire que je me suis ennuyé, le film n’est pas mauvais et pas mal de séquences ont le charme bancal des premiers Jarmush. Les acteurs, Peter Simonischek surtout, sont très attachants. L’humour absurde, le portrait du monde des consultants et de ses conventions, ses personnages désincarnés, autant de raisons de trouver dans Toni Erdmann les ingrédients qui pourraient en faire une vrai réussite. Mais encore une fois, le film est trop long, il manque cruellement de rythme et j’ai fini par me lasser des pitreries slow motion de Toni le clown. Presque super mais pas tout à fait. Le sentiment de couper un excellent whisky avec un peu de flotte. Dommage.

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