Repose-toi sur moi – Serge Joncour

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À partir de maintenant il se raccroche à un objectif , retourner vers le fleuve, parce qu’il est complètement paumé dans cette métropole à laquelle il ne comprend rien, la Seine c’est son seul repère, l’unique faisceau  de nature libre, et elle même n’en finit pas de quitter Paris.

C’est un des romans phares de la rentrée, un de ceux qu’on trouve un peu partout jusque dans les gares. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas bien, bien entendu, on n’est tout de même pas snob à ce point. Ça veut juste dire que Serge Joncour, depuis un moment déjà et notamment après le succès (mérité) de L’écrivain national, était attendu.

Joncour, une sorte d’Olivier Adam souriant, est un observateur. Un écrivain qui dissèque les âmes, les regarde et s’en amuse. C’est ce qui fait, j’imagine, qu’on aime lire Joncour. Car il nous est familier. On se reconnait, un peu, dans chacun de ses personnages, on a même parfois l’impression de les avoir déjà croisés. Et puis Joncour écrit bien mais il écrit facile. Avec lui, pas besoin de relire une phrase trois fois pour en saisir le sens caché. Joncour déroule des histoires simples et justes, les chapitres, les paragraphes, les situations s’enchaînent et les pages défilent pour notre plus grand plaisir. Mais j’ai l’impression de déprécier l’écrivain en faisant l’éloge de sa simplicité. Je n’ai pas dit simpliste, j’ai dit simple, direct. Joncour fonce droit au but et touche juste.

Repose-toi sur moi est un titre qui peut faire peur. On peut redouter d’y croiser l’ombre malfaisante d’un Levy (Marc, pas BHL ni Justine (quoique)), de se perdre dans un mélo amoureux pour mémères automnales. Et de fait il y a un piège. Repose-toi sur moi est l’histoire d’une rencontre amoureuse. Illégitime qui plus est -que c’est vilain…- entre un colosse rural, chemise de bûcheron, lenteur excessive et bras enveloppant et une bourgeoise parisienne, styliste fine, délicate mais énervée et pressée. Au départ, tout les sépare mais, magie de l’amour, tout finit rapidement par les rapprocher, gazou gazou, je t’aime en cachette toi l’inconnu de l’escalier C mais j’ai des soucis professionnels qui me donnent du tracas, ne t’inquiète pas, belle  colombe tellement belle que je ne te mérite pas, je vais t’aider et tout va aller. Mais rien ne va, la colombe est en train de se faire méchamment planter par son associé et le bûcheron lent et taiseux  va jouer les gros bras (qu’il a) pour intimider le méchant associé. Mais, catastrophe, cercle vicieux, rien ne se passe comme prévu. Vous l’aurez compris, je n’ai pas aimé les deux premières parties…soit trois cents pages d’un classicisme avéré et d’un intérêt incertain. Histoire d’une aventure à l’eau tiède, vague resucée du film de Pierre Salvadori Dans la cour, mais en moins drôle et moins platonique.

Dès qu’ils furent au calme, dans cette sphère chaude et réconfortante, Aurore eut le pressentiment que c’était la dernière fois qu’ils se voyaient. Elle fit tout pour que rien ne transparaisse de cette impression mais cette pièce sombre, à l’écart, elle la vivait comme une antichambre quelconque, une salle d’embarquement, comme si le moment était venu en quelque sorte de se quitter.

C’est la troisième partie qui sauve et réhabilite le livre, celle du doute. Quand les amants se regardent de travers, quand ils ne savent plus ou doutent même avoir jamais su. Quand les regards s’échappent et les mains se dérobent. Cette partie, je l’ai beaucoup aimée. Je me suis dit qu’elle était d’une justesse incroyable, que Joncour avait tout compris des relations amoureuses et plus je tournais les pages, plus je voyais Trintignant et Anouk Aimée sur la plage de Deauville…

Alors Joncour ne vaut pas le Goncourt mais certainement le détour. Pardon, c’est pathétique.

Repose-toi sur moi, Serge Joncour, Flammarion

4 commentaires

  1. Heureusement que c’est Joncour (j’ai beaucoup aimé L’Ecrivain National) car autrement, ni le titre ni le sujet ne me semblaient très attirants, ça fait un peu le bonheur est dans le pré, ou « le mec de la tombe d’à côté »…

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