Station Eleven – Emily ST.John Mandel

station-eleven

Je me demandais si certains pays, de l’autre côté de l’océan, avaient été épargnés. Je me disais que si je voyais un avion, cela prouverait qu’il y en avait encore, ailleurs, qui décollaient. Pendant toute la décennie qui a suivi la pandémie, je n’ai pas cessé de regarder le ciel.

Quoi de mieux pour fêter la rentrée et le retour de la pluie qu’un bon gros livre sur la fin du monde? Honnêtement je ne vois pas, surtout si c’est un roman avec une couverture aussi gaie qu’un jour de pluie sur la plage d’Ostende. Je ne sais pas pourquoi, j’adore les romans post-apocalyptiques. En général ils me bouleversent autant qu’ils me passionnent. C’est The Road de McCarthy qui m’avait remis à la lecture il y a quelques années quand je n’étais plus capable de lire autre chose que France Football. J’avais versé ma petite larme et repris le chemin des librairies. Ah… le bonheur indicible d’un bel holocauste littéraire…

Après il y avait eu En un monde parfait de Kasischke  et puis bien sûr la Constellation du chien de Peter Heller, qui reste ma plus belle émotion de ces dernières années. On pourrait d’ailleurs se dire, à la lecture de ce Station Eleven qu’Emily St. John Mandel n’a finalement pas inventé grand-chose. Les thèmes qu’elle reprend ont déjà été explorés plus d’une fois et notamment dans les romans précités. A croire que tout le monde s’accorde sur une vision quasi-unique de cette fin du monde promise. Une bonne grippe à prise rapide et 99% de la population mondiale est effacée des tablettes en quelques jours. Plus rien. Plus d’avions, plus d’électricité, plus de téléphone, le retour à une ère ancienne, celle des communautés locales isolées et inquiétantes, une société primaire, violente, qui tue pour survivre et qui a très vite oublié d’où elle était venue. Les anciens tentent de garder la mémoire d’un passé qui s’efface mais les temps sont troubles et propices au chaos.

De tout ceux qui étaient présent ce soir-là, ce fut le barman qui survécut le plus longtemps. Il mourut trois semaines plus tard, sur la route, en quittant la ville.

Mais, j’ai adoré ce livre. Bien au-delà d’un très vague air de déjà vu, ce qui marque avant tout à la lecture de Station Eleven, c’est sa structure chorale, ses chapitres, ses personnages qui se chevauchent entre passé pré-catastrophe et quotidien post-apocalyptique. Le roman commence par le récit de la mort d’un acteur célèbre qui joue le Roi Lear sur une scène de Toronto. Quelques heures après son décès, le monde basculera et la grippe de Géorgie emportera l’Homme (Grand H). Sur scène, près des coulisses, il y a cette petite fille, Kirsten, qui voit l’acteur s’effondrer. C’est cette même petite fille que l’on retrouve, adulte, au sein d’une symphonie qui parcourt les villes dévastées.

Et ainsi Emily St. John Mandel tricote et détricote son roman, au gré des rencontres et des flash-back qui ne pendront tout leur sens, évidemment qu’à la fin du roman.

Comment reposer Station Eleven quand vous l’avez pris en mains? Difficile. Sauf si vous êtes obligés et que vous avez une vie à mener, mais ce texte fort, tellement visuel et évocateur qu’on attend bien sûr son adaptation au cinéma ne pourra vous laisser indifférent. Très efficace, pas désespéré – BEAUCOUP moins que The road – ce roman est un bel hommage à l’homme et à sa capacité à se sublimer pour toujours rechercher le beau. Un peu comme si une rose voulait éclore dans un tas de fumier. Ok j’exagère.

Station Eleven, Emily ST. John Mandel, éditions Rivages.

6 comments

  1. Je vais le lire pour le Bibliomaniacs de Novembre … C’est marrant je pensais justement à ce roman et à ce que tu m’avais dit sur The Road 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s