Pas trop saignant – Guillaume Siaudeau

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L’abattoir continue de tourner à plein régime. D’autres mains prennent le relais des siennes, pour appuyer sur tous ces boutons qui envoient les bêtes au paradis. Les cris de cochon, les beuglements de vaches et les bêlements de moutons s’en donnent à cœur joie et la petite brise printanière est un formidable chef d’orchestre éparpillant les sons.

Je me doutais bien que celui-là allait m’offrir la pause nez en l’air cheveux au vent dont j’avais bien besoin. Un livre de Guillaume Siaudeau -c’est le moment où je cite les trois autres mousquetaires de la poésie masculine Alma, Dudek, Vinau, Raufast – Un livre de Guillaume Siaudeau, c’est un peu de fraîcheur dans un monde de brutes. C’est comme la poésie, inutile et essentielle à la fois. Tu le lis d’une traite, il n’est pas long non plus, et tu te retrouves à respirer calmement, plus grand-chose à foutre de l’heure qu’il est, un dossier à rendre? Quel dossier? Un avion à prendre? On s’en fout, non? Un roman de Guillaume Siaudeau, c’est une trêve thérapeutique. Un doigt d’honneur (toujours poli) à l’horloge.

Meet Joe, le boucher sensible. Joe, la bête à fleur de peau qui rêve de l’infirmière Joséphine (la Mademoiselle Jeanne de Gaston) et s’évade dès qu’il peut, loin du sang et de son odeur, loin des cris des animaux hébétés qu’on égorge et qu’on découpe. Joe aussi a ses cicatrices, il les traîne à l’abattoir, lui la carcasse trop sensible toujours le nez en l’air, l’ami de Sam, le gamin aussi paumé que lui.

Il suffirait d’une ou deux chansons tristes pour que les larmes coulent. D’un ou deux mots doux. Par chance, il ne connaît personne ayant ça en stock. Il n’y a pas de mots doux dans le désert qu’il traverse.

Joe rêve de s’envoler, d’oublier les cris ; Alors il vole une bétaillère. Et six vaches. Il emmène Sam avec lui. Cavale au ralenti, itinéraires bis. La liberté pour quelques heures, pour lui et pour les vaches à qui il veut faire découvrir la montagne. Après, il y aura les flics. Et après…

Pas trop saignant est une fable, poétique bien entendu, une histoire simple comme un rêve, comme un voyage à travers champs. Adoré bien sûr ce personnage atypique, cet outfit au gros cœur qui rappelle le Blast de Manu Larcenet, ce Pierrot terrestre mélancolique pas fait pour le monde dans lequel il vit, qui rêve de petits oiseaux, de montagnes et de Joséphine l’infirmière. Pas trop saignant, un truc à regarder son steak de travers, à laisser son burger sur le coin de l’assiette. Un truc à adopter une vache ou peut-être simplement lever le nez et observer le rouge-gorge qui ne manque jamais de nous regarder depuis sa branche.

Allez un petit Smiths de végétarien pour fêter ça.

 

Pas trop saignant, Guillaume Siaudeau, éditions Alma.

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