14 juillet – Eric Vuillard

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La nuit du 13 juillet 1789 fut longue, très longue, une des plus longues de tous les temps. Personne ne put dormir. Autour du Louvre, des petits groupes erraient, mutiques, dans une sinistre maraude. Les cabarets ne fermaient pas. Sur les quais, des solitaires pérégrinèrent toute la nuit, ombres bizarres.

14 juillet, jour parmi les jours. Une date dont on soupèse aujourd’hui difficilement la portée symbolique, dont on ne connait finalement pas grand-chose. On l’a appris à l’école sans doute, on nous a sûrement raconté comment le 14 juillet 1789, le peuple avait pris la Bastille et le pouvoir en même temps mais on n’en sait pas beaucoup plus. On ne sait pas qui se cachait derrière ce « peuple » célébré. Qui étaient ces anonymes qui, fourches et piques en avant se sont, un jour brûlant de juillet, lancés à l’assaut de la forteresse et ont changé le cours de notre histoire à jamais ?

Le sujet est bien sûr passionnant. Une plongée intime au cœur de l’histoire et des noms, beaucoup de noms, de cas particuliers, ébauches de portraits de ces héros ordinaires, des gamins pour la plupart, portés par l’élan de la foule et dont beaucoup sont morts sous les balles. Éric Vuillard nous dit que deux cents mille parisiens soit la moitié de la population parisienne, sont venus se frotter aux abords de la forteresse, à l’atmosphère électrique de ces heures à part. Menuisiers, charrons, maçons, des artisans, le peuple affamé en route vers l’inexorable changement. Ça ressemble au tableau de Delacroix, c’est un instantané, un arrêt sur image dont on observe les détails intimes. Beau projet, très beau projet, mais…

Mais je suis passé à côté de ce 14 juillet…Cette galerie de portraits à peine esquissés m’a laissé un goût de trop peu, le sentiment d’observer une photographie, ou un tableau un peu figé. Bien sûr, Éric Vuillard est parvenu à planter le décor, à décrypter les enjeux et les protagonistes de ce moment décisif de notre histoire et il a réussi à éveiller ma curiosité. Je vais aller fouiller du côté de 1789 (j’éviterai la comédie musicale), c’est déjà pas mal.

14 juillet, Eric Vuillard, éditions Actes Sud.

One comment

  1. J’ai trouvé qu’il redonnait chair à cet événement désormais idéalisé, figé, statufié. Il le rend à ceux qui l’on fait et cela permet de regarder cette date de manière différente. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé.

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