On se souvient du nom des assassins – Dominique Maisons

maisons2016

Le public avait soif de violence et de mystère. Je ne pouvais écarter la perspective terrifiante que les foules en vinssent à admirer les criminels au même titre que les artistes. Aurais-je eu envie de vivre dans un tel monde ?

On me dit qu’un écrivain vit dans ma rue ou presque. Dans ma ville au moins. Un écrivain que je n’ai jamais rencontré – à moins qu’on ne se soit croisés au rayon surgelé chez Monoprix ou à la boulangerie, ou pire en toute fin de soirée, trois grammes dans chaque œil lors d’une fête des voisins – On me dit aussi qu’il vient d’écrire un des romans noirs les plus en vue de cette rentrée littéraire. J’aurais donc un Ellroy, ou un JP Manchette à portée de baguette traditionnelle pas trop cuite ? Il fallait que j’en aie le cœur net. Alors j’ai tout arrêté et j’ai fait passer On se souvient du nom des assassins sur le haut de ma grosse pile de livres. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre.

Oublions Ellroy et Manchette, Dominique maisons donne plutôt dans le Gaston Leroux ou le Maurice Leblanc, dans le roman d’aventures d’avant la grande guerre. Il nous embarque dans le Paris de 1910, à l’époque des premières voitures, des dandys élégants, gentleman romanciers superstars. Il nous installe dans un Paris cossu et vaguement mondain. Des décors qui nous rappellent ces vieux feuilletons, Arsène Lupin, les brigades du tigre, voire Hibernatus (on a les références qu’on mérite). Dès les premières lignes, l’auteur nous présente un héros rocambolesque et sautillant qu’on imaginerait volontiers sous les traits d’un Bebel dans la force de l’âge. Max Rochefort, écrivain à succès, précurseur d’un nouveau genre, le roman policier. A ses côtés, le narrateur, Giovanni, jeune homme vif et dévoué, sorte de Robin à Batman, avec qui il s’apprête à vivre la plus exaltante des aventures.

Très vite, un meurtre est commis dans l’hôtel dans lequel résident les deux compères. Un meurtre odieux et sanguinolent que les deux Tintin et Haddock de service vont tenter de résoudre, se mettant à dos le commissaire Juvard, désagréable fonctionnaire pas du tout impressionné par la notoriété de l’écrivain. Et nous voilà partis, non pas dans un album à la Tintin ou à la Blake et Mortimer (quoique ce ne serait absolument pas une insulte) mais dans une aventure bien sombre, enquête classique dans sa forme mais extrêmement bien ficelée, un page turner historique dans lequel plane l’ombre des héros de l’époque : Aristide Briand, Guillaume Apollinaire, Gaston Leroux…Une course poursuite en dirigeable, d’autres meurtres sadiques à l’arme blanche marqués d’un sceau secret, tous les ingrédients du grand roman populaire sont réunis, comme un hommage au héros dont Dominique Maisons narre les aventures.

On imagine déjà le film dont serait tiré le roman. Un grand film du dimanche soir. Pas forcément familial du reste, On se souvient du nom des assassins serait sans doute interdit aux moins de 12 ans – certaines scènes sont quand même bien trash. On avait beau parler au subjonctif imparfait en 1910, on n’en maîtrisait pas moins bien la torture…Et puis derrière les convenances et les ronds de jambe de la bourgeoisie de l’époque, se cachait tout un monde, celui des bas-fonds, voire des égouts dont les odeurs remontaient parfois à la surface.

Une surprise. Je ne m’attendais pas à cet univers. Pas du tout. Je me suis d’abord méfié, la langue de Dominique Maisons me paraissant vaguement trop soutenue pour un roman d’aventures. Et puis je me suis laissé prendre, jusqu’à en lire la nuit et ne pas refermer le livre avant de l’avoir terminé. J’ai réalisé que l’écriture aussi était juste, qu’elle participait à l’ensemble, qu’elle était un ingrédient indispensable au décor. J’ai admiré la maîtrise du scénario et la capacité de l’auteur à structurer son roman, à refermer tous les tiroirs qu’il avait entrouverts. Bref, j’ai adoré.

Et puis, satisfaction personnelle, je tire une gloire – Tout à fait illégitime- d’avoir pour voisin un tel talent.

Car oui, malheureusement, notre époque a le goût du sang et du sensationnel et on se souvient du nom des assassins.

On se souvient du nom des assassins, Dominique Maisons, éditions de la Martinière.

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