King Volcano – Bauhaus – 45 chansons

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Retour sur une de ces chansons…aujourd’hui Bauhaus.

10 Octobre 2011, KING VOLCANO         BAUHAUS

A l’internat, en première, le monde a pris une tournure définitivement radicale et inattendue.

La pension est généralement décrite par la plupart des anciens internes, comme, au mieux, un lieu de privation de liberté, au pire, comme le théâtre des pires brimades et autres souffrances variées. Depuis toujours, internat rime avec dortoir, études du soir, Gérard Jugnot, lit au carré et punitions…

Pour moi, la pension était une grande maison pleine de copains, assez éloignée du lycée, dans laquelle nous allions et venions à notre convenance. Il y avait une platine disque dans une sorte de salon immense, une table de Ping-pong, une surveillante débordée qui n’osait pas monter jusqu’aux chambres des garçons d’où provenaient souvent des bruits inquiétants à n’importe quelle heure. Heureusement pour elles, les filles du lycée ne résidaient pas dans le même bâtiment. Leur internat était d’ailleurs beaucoup plus conventionnel.

Le nôtre révélait ses trésors chaque soir un peu plus. Nos chambres étaient grandes, nous pouvions choisir nos colocataires, nous faisions nos devoirs en musique, quand nous les faisions…certains se retrouvaient à la table de ping-pong dès le retour de l’école et y rencontraient…les autres locataires de cette grande maison : des jeunes filles en réinsertion qui sortaient toutes de prison, qui avaient cinq ou dix ans de plus que nous et des mois de frustration à évacuer… La surveillante faisait de son mieux pour que les deux groupes ne se rencontrent pas. Mais le renard était dans le poulailler.

La surveillante…nous détestait. Pas individuellement, encore que, mais collectivement. Ce groupe de garçons ne se gérait pas comme une classe de filles. Elle n’y arrivait pas. Personne n’aurait pu y arriver. Vers 7 heures, le soir, on entendait des hurlements de cochon, des cris dans les étages. Les bons élèves – un ou deux, pas plus – s’étaient plaints au directeur du lycée, qui tel un ministre de l’intérieur était venu en personne visiter les lieux, un soir, à l’improviste. Bizarrement, ce soir-là, nous avions échappé au pire. Evidemment, personne n’avait le nez plongé dans ses livres, mais nous avions réussi à éviter une bataille de polochons, une ambiance boite de nuit et les murs qui tremblent.

Le directeur était malgré tout reparti persuadé que nous avions besoin de plus de contrôle et de fermeté…Une semaine plus tard, il était revenu nous présenter un pion rien que pour nous…il était élève de BTS, il avait moins de vingt ans.

A partir de là, tout était parti en vrille. Thierry C et Jean Damien D avaient commencé à prendre leur bain ensemble. Bruno et moi avions escaladé la façade et trouvé un passage vers une terrasse sur le toit. Nous y avions installé un radio cassette et les autres avaient apporté des bières. Nous avions fait entrer des copains dans la maison, on descendait la nuit à la cuisine pour dévaliser les frigos, certains faisaient un peu plus connaissance avec les filles.

Et puis Thierry C, JDD et un autre, Maxime, ont commencé à s’enfermer dans leur chambre, à respirer du K2R et rebondir sur les murs. De plus en plus souvent, des soirées se sont improvisées dans la chambre du pion, ça fumait beaucoup…du shit. Drôle d’ambiance, entre forte attirance pour la nouveauté et l’interdit d’un côté, et de l’autre, une certaine forme de lucidité mêlée à la peur de l’inconnu. Petit garçon boutonneux j’étais encore. Je regardais les parties se dérouler depuis le banc de touche. J’étais toujours inscrit sur la feuille de match mais je préférais observer. J’étais rentré juste une fois en fin de match…pas mon sport.

Par contre j’ai tout vu, et surtout tout écouté. Jusqu’au bout des longues nuits, je me suis ouvert à des sons et des ambiances que je ne connaissais pas. Des chansons un peu moins pop, un peu moins sucrées, moins évidentes.

Le fameux Maxime, qui portait dans les cernes sous ses yeux, les années de galères familiales qu’il venait de subir, s’habillait différemment. Il portait souvent un tee-shirt blanc, un jean noir plutôt serré – pour rappel, on était en 1988 et certains n’hésitaient pas à sortir dans la rue avec des jeans neige à pinces – et un Harrington noir, que je trouvais super classe. Il avait une drôle de façon de fumer ses clopes, la tête toujours un peu penchée vers le sol, les yeux plissés comme s’il souffrait à chaque inhalation. Il parlait peu et se tenait à l’écart du groupe. Une caricature de bad boy. Le mec cool.

Quand il nous autorisait à venir squatter sa chambre, on ne refusait pas. Moi, je nageais entre deux eaux, je faisais passer les joints sans les toucher. Et puis je me souviens du soir ou il a dit en mettant une cassette :

-ça c’est culte.

Un arpège étrange à la guitare, qui se répète à l’infini. Des percussions atones, un piano fou, une ambiance surréaliste et puis soudain, des chœurs, de plus en plus fort, une sorte d’incantation, comme un chant religieux pas trop clean adressé à une divinité chelou.

Overshadowed by her sister
Pretty girl would scream,

King volcano gave me numbers
King volcano is clean

Lonely people burn like candles
Only we are clean
Lonely people burn like candles
Only we are clean

C’était King Volcano de Bauhaus. Je n’avais jamais entendu parler du groupe, c’était simplement extraordinaire. Putain, qu’est-ce qui pouvait bien vivre dans la tête de celui qui avait écrit ça… ?

« Gloire à Satan, gloire à Satan… » ça me rappelait un épisode de Starsky et Hutch qui avait dû me faire faire quelques cauchemars quand j’étais gamin…du folklore pour adolescent boutonneux et sensible. Je m’apprêtais à découvrir ma part de corbeau. Quelques semaines plus tard, je me suis acheté un Harrington noir .

 

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