Une mort qui en vaut la peine – Donald Ray Pollock

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-Si une de ces putes dont tu parles vaut deux ou trois dollars, combien coûte un bon jambon à ton avis ?

-Oh, à peu près pareil, je pense. Y doit pas y avoir une grosse différence entre une pute et un jambon.

J’avais tellement aimé Le Diable tout le temps, élu livre de l’année par le magazine LIRE en 2012. Une sale histoire de l’Amérique, bien noire, bien tendue entre la Bible et le flingue. Une telle fulgurance qu’on se demandait quand même si Donald Ray Pollock ne venait pas de faire son entrée dans la cour des géants, un hold-up bien ordonné, revolver en main. Alors évidemment on guettait, on attendait la suite de l’histoire, je ne pouvais pas être déçu, pas possible. Et pourtant.

Une mort qui en vaut la peine, titre boursouflé, pas léger, traduction un peu lourde de The heavenly table. Bien sûr, je m’attendais à un truc sudiste, les critiques n’avaient été longs à déceler chez Pollock la part de Faulkner dont tout le monde voudrait se réclamer, mais si ce nouveau roman chasse bien sur les nouvelles terres de Trump, c’est dans le registre de la bouffonnerie à la frères Coen, que Donald Ray Pollock nous embarque cette fois-ci, quelque part entre Géorgie, Alabama et Ohio. Trois frères misère, trois « white trash » crève la dalle travaillent avec leur père dans le seul but de réussir à vivre jusqu’au lendemain. Brimades, humiliations, dur labeur, rien ne leur est épargné. Les trois frères, aussi différents que les Dalton, un nerveux tout sec un peu vicelard, un grand machin un peu débile et un autre vraiment malin, féru de littérature et sage comme un futur président des USA, se retrouvent Gros-Jean comme devant quand leur père meure subitement. Perdu pour perdu, ils décident de partir à la conquête d’un rêve américain accéléré, qui passera par la première banque rencontrée puis la seconde puis ainsi de suite, jusqu’à ce qu’ils deviennent les fugitifs les plus recherchés de tout le sud des Etats-Unis. A partir de là, le théâtre des événements se met en place et le roman Choral avec lui. On devine que tout le beau monde dont Pollock nous parle, tous ces personnages hauts en couleur ne tarderont pas à se retrouver pour un bouquet final façon western à l’ancienne. Ça va péter dans la petite ville de Meade, là où les frères se sont réfugiés et mènent grand train. Juste une histoire de temps.

Alors voilà. Le roman est distrayant. Il est pas mal. Il se lirait presque en bouffant des chips et du pop-corn. Pollock s’amuse, fait de l’humour, quelque chose qui ressemble parfois à ce que sait faire Tarantino, par exemple. Ça rigole, ça décoiffe, ça flingue mais je me demande quand même où est passé le génie annoncé. Je n’ai rien contre les bouffonneries pas prétentieuses mais à près de 600 pages, ça finit par me lasser un peu et j’ai l’impression que Pollock s’est fait plaisir en voulant nous distraire. C’est sympa de sa part, je n’ai pas passé un mauvais moment. Mais si j’étais son prof, je noterais sur son carnet de notes, « Elève brillant mais bavard, attend la fin du cours au fond de la classe et se contente tout de même du minimum ».

Une mort qui en vaut la peine, Donald Ray Pollock, éditions Albin Michel.

2 commentaires

  1. bref, on est d’accord…
    (pour le titre, Francis Geffard – le directeur de la collection, et fondateur du festival America – m’a répondu sur mon blog, c’est la traduction du titre original que l’auteur voulait donner au livre…)

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