Protection – Massive attack – 45 chansons

massive

 

27 novembre 2011,               MASSIVE ATTACK                         Protection

C’était début 1995. Après avoir passé Noël en France, j’avais dû repartir à Southampton après les fêtes. J’étais revenu avec un de ces ferries monstrueux qui entrent dans le port en écartant tout sur leur passage. J’avais le cœur un peu lourd. L’hiver anglais, quand il est bien humide, vous attaque au plus profond. Les jours où il ne pleuvait pas, on ne voyait pas le soleil. Il y avait un brouillard à couper au couteau et la nuit tombait souvent vers 15h30.

J’étais assistant des profs de français dans l’école du coin.Je rentrais du collège vers 15 heures. Je me faisais un thé, un ou deux toasts au Nutella et j’allumais la télé. J’habitais chez une femme qui venait de divorcer et qui vivait avec son fils, James. Il avait mon âge mais il bossait déjà, lui, dans une sorte de « Norauto local ». Un garçon charmant, qui, quand il rentrait, s’enfermait dans sa chambre et regardait sa propre télé. Vers 19 heures il dévalait les escaliers pour venir chercher l’assiette que sa mère lui avait préparée et il repartait en courant dans l’autre sens. On l’entendait roter quelques minutes plus tard. James aimait la bière, les pizzas surgelées et Pamela Anderson. Il n’adressait pas ou presque pas la parole à sa mère, qu’il devait tenir pour responsable du récent clash avec son père.

Moi, il ne me calculait pas. Même pas un regard. Pas évident au départ, sa mère non plus n’était pas très communicative. Et comme mon anglais était encore limité, que leur accent était très local, mon meilleur ami était…le chien.

Le soir, quand la nuit tombait, j’allais le promener sur la plage. Il s’appelait Rory, c’était une sorte d’épagneul à l’air triste. Le seul dans cette maison qui avait l’air de comprendre tout ce que je lui racontais.

Stubbington, petite bourgade insignifiante, était située en bord de mer, en face de l’ile de Wight. Grâce à Rory, je tenais enfin un rôle dans cette maison qui transpirait l’ennui et la naphtaline. S’il ne faisait pas trop froid, Je m’asseyais sur un banc et j’écoutais mon walkman en regardant les pétroliers passer au loin.

Quand je rentrais, vers 18 heures, Yvonne était en train de préparer le repas. Elle essayait d’être sympa mais elle était vraiment timide et je n’avais vraiment pas grand-chose à lui raconter. Dieu que j’ai pu me faire chier…

Ça a été l’année de la télé pour moi. Le sport, tout le sport, tous les matches de foot. Je regardais tout ce que je pouvais, tous les jeux à la con et aussi MTV…Ah MTV, quelle découverte… Beavis et Butthead en boucle. Que du bonheur, enfin un truc qui me parlait et que je comprenais à peu près… Je crois que j’ai fini par déformer le canapé à force de passer tous mes après-midis devant cette télé.

Côté musique, j’étais toujours très branché hardcore, j’écoutais Sonic Youth, Les Thugs, Fugazi mais aussi TAD, Sebadoh, The Jesus Lizards, bref des poètes délicats aux mélodies douces et fragiles.

Et puis, un jour sur MTV, alors que je devais être dans un état de léthargie avancée, j’ai vu le clip de Massive Attack ,  Protection. Je ne connaissais le groupe que de réputation, rien de plus. Je me suis fait embarquer comme on se fait prendre une poignée de fois dans sa vie…un coup de cœur immédiat, et ce MALGRE LA LAIDEUR INIMAGINABLE DE TRACY THORN. C’était il y a 17 ans et la chanson est toujours là. Je ne peux pas l’écouter sans penser à cette famille avec laquelle j’ai passé une année.

Je suis retourné les voir quelques années plus tard…C’était une ambiance étrange. Rory le chien était mort, le père d’Yvonne qui m’emmenait voir les matches du FC Southampton était mort lui aussi…Yvonne était toujours aussi timide, elle voyait quelqu’un apparemment. Quant à James, avec qui j’avais fini par sympathiser, il était sur le point de se marier.

Après avoir dit un au revoir qui ressemblait à un adieu, je suis retourné me promener sur ma plage. J’ai marché seul, jusqu’au banc ou je m’asseyais avant. Il y avait un brouillard très épais et je n’ai pas su si l’ile de Wight était toujours là. Je suis remonté dans ma voiture, la gorge un peu serrée et j’ai disparu pour de bon dans le brouillard.

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