La baleine thébaïde – Pierre Raufast

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Les baleines chantent pour retrouver leurs congénères et pour s’accoupler. L’océan est vaste, mais leur chant porte loin. Elles se retrouvent ainsi. Cette baleine 52 n’émettait pas à la bonne fréquence. Aussi, aucune autre baleine dans l’océan ne percevait ses appels. Elle criait depuis des années dans le vide, solitaire et abandonnée de ses pairs.

Non, je ne l’ai pas avalé d’une traite. J’ai d’abord lu le premier paragraphe, un remake américain de la piscine – celle de Loana et Jean-Edouard, pas Romy Schneider et Delon … Puis j’ai refermé le bouquin, sourire en coin. Par contre, quand je l’ai repris en mains, hier en fin d’après-midi, je ne l’ai plus lâché. Et je me suis endormi du sommeil lourd des bienheureux, ceux à qui on raconte une belle histoire le soir avant d’aller se coucher.

Que dire sur Pierre Raufast que je n’ai pas déjà évoqué ? Ce gars vous prend par la main et vous entraîne dans des lieux improbables, vous présente des personnages loufoques et vous les fait passer pour des êtres normaux. Il vous raconte des histoires extraordinaires sans jamais changer de ton. Des contes de fées sans fées dont on se demande en permanence s’ils sont lard ou cochon. Pierre Raufast s’amuse, construit ses histoires comme des labyrinthes enchantés, comme des puzzles colorés. Chez lui, le scénario n’est pas accessoire, il bouillonne. A tel point qu’on se demande comment l’auteur arrive à faire rentrer autant de matière en aussi peu de pages, 220 et encore…

Dans La baleine thébaïde vous trouverez : Une vraie baleine un peu déréglée et très solitaire, des milliers d’autres cétacés errant désolés dans des piscines de luxe, du chocolat qui ne fait grossir que les seins, du sang rose, un savant fou et dangereux, de l’Alaska en gelée, une libraire charmante et puis, totalement loufoque ,un hacker russe qui piraterait des programmes américains (n’importe quoi , bien sûr), un voleur de crabe à l’étalage, mais aussi et pour ceux qui auraient suivi les épisodes précédents, La fractale des raviolis et La variante chilienne, le retour sous forme de clin d’œil appuyé des fameux rats-taupes, de Paul Sheridan, qui mourut un soir d’orage au-dessus de l’Atlantique, de la fameuse variante chilienne, jeu de carte obscur, différent bien entendu de la variante danoise qu’on pratique sur ces bateaux perdus quelque part au large de l’Alaska.

Une grande aventure en quelque sorte, qui évoque Melville et Jules Verne mais pas seulement. Car Raufast est encore et toujours un poète pudique qui se cache derrière des pirouettes qui font marrer tout le monde. Il y a le voyage, la mélancolie, la tendresse, un côté conte pour adultes, fable moderne ultra connectée, version 2.0.

Les dernières pages sont lentes et contemplatives, simples et évidentes comme une belle rencontre. On s’est attaché à cette baleine 52, cette B 52 malheureuse, on est sous le charme de Richeville, ce gamin un peu paumé, Cendrillon à l’envers, qui pleurait seul dans sa chambre pendant des heures et que personne ne venait voir. On referme le bouquin, parce qu’il est terminé, et puis on flotte, étrangement calme, dans une torpeur agréable qui nous entraîne apaisés, vers un sommeil d’enfant sage. Chuuuut.

La baleine thébaïde, Pierre Raufast, éditions Alma.

 

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