Article 353 du code pénal -Tanguy Viel

1507-1

Parce que c’est un problème insoluble, de savoir quand quelqu’un comme lui s’approche de vous, à quel moment la piqûre a eu lieu.

Kermeur pousse Lazenec à l’eau. Et met les gaz. Scène surréaliste, totalement surprenante, fascinante de détachement. Kermeur le pêcheur, qui rentre au port, gare le bateau et retourne chez lui comme si de rien n’était. A part le Meursault de Camus, je n’avais pas connu tueur aussi froid et aussi étranger à son propre crime.

Puis Kermeur entre dans le bureau du juge et là commence le récit, le déroulement des événements qui conduisent au meurtre. Comment en arrive-t-on à faire ça ? qu’est-ce qui a poussé Kermeur le paisible, le taiseux breton de la presqu’île, attaché à sa brume et à ses mers déchaînées, qu’est-ce qui l’a poussé à foutre Lazenec à l’eau. C’est tout le sujet du livre. Une confrontation Suspect-juge en huis-clos façon Garde à vue, un quasi monologue qui remonte le cours des choses, explique l’inexplicable, le justifie presque, pointe le pouvoir fascinant d’un manipulateur hors-pair qui a fait du mensonge et de ses conséquences une raison de vivre, charogne élégante, salopard voyeur, qui se nourrit de ses victimes consentantes, les torture insidieusement jusqu’à la rupture, jusqu’au suicide parfois.

Il a bien fallu que tout tombe en même temps, vu que dans la vie si on regarde bien, tout converge en quelques points et puis le reste du temps, rien, ou plutôt si, le reste du temps, on paye les pots cassés.

Roman intelligent, bien ficelé, malin, Article 353 du code pénal n’est pourtant pas totalement exempt de tout reproche. Je comprends le procédé, mettre le meurtre au départ, comme un préambule ou presque, Leïla Slimani a fait la même chose avec Chanson douce, mais ici, l’auteur a pris le risque de commencer par l’explosion, une bombe incendiaire qui coupe le souffle par sa force et sa froideur. La suite baisse alors inexorablement en intensité…Elle n’est alors finalement « que » la chronique rétrospective de la genèse du désastre déjà –parfaitement – narré. Ou presque…Car le titre révèle une surprise finale en forme de passe-passe qui met toute l’histoire en perspective. Seul véritable soucis pour moi, le ton trop soutenu et trop imagé que Kermeur le pêcheur-narrateur utilise avec le juge. Du langage écrit, trop bien écrit pour un dialogue/monologue de garde à vue. Dommage sans doute, pas rédhibitoire non plus. Un petit bémol en somme pas plus. Efficace.

Article 353 du code pénal, Tanguy Viel, les éditions de minuit.

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