Baïkal-Amour – Olivier Rolin

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La taïga, toujours la taïga, ce continent d’arbres.

La Baïkal-Amour Magistral, BAM, est une ligne ferroviaire russe, construite dans des conditions dantesques au prix de milliers de vies que la Russie ex-soviétique n’a pas souvent le cœur à raconter . La BAM est une ligne de chemin de fer comme les autres ou presque, dont les trains lents traversent la Taïga monotone, parcourent la Sibérie orientale, immense et désolée, au nord de la mythique ligne du Transsibérien.  Baïkal-Amour, superbe texte signé Olivier Rolin, célèbre écrivain russophile dont j’avais dévoré le roman précédent Le météorologue, plongée noire au cœur des purges paranoïaques de l’ère Staline.

Ainsi va la vie, cahin-caha , au rythme lent du train, pendant que défilent des paysages désespérément monotones (mais cette monotonie a sa majesté et sa griserie: ceux qui ne comprennent pas ça n’aimeront jamais la Russie).

Et l’ombre de Staline plane encore sur ce récit de voyage assez atypique, dans ce train qui ne roule jamais à plus de 60 km/heure, dans lequel on mange mal, où l’on rencontre des sibériens bien sûr, pas tous sympathiques loin de là, chaque gare faisant état des souffrances passées, des milliers de suppliciés déportés, morts de froid et d’épuisement à la tâche, à creuser dans le permafrost, à tenter de dompter ce no man’s land immense aux allures de purgatoire. Car c’est l’immensité qui fascine, conjuguée à un temps qui s’étire de façon presque anachronique. On se croirait chez Antoine Volodine -l’auteur le mentionne d’ailleurs – On s’installe dans un rythme lent, dans un portrait jamais ennuyeux , très vif, souvent très drôle d’une partie du monde qu’on sait absolument immense, dont on ne connait que la réputation abominable d’enfer glacé, lieu de supplice, symbole de la répression de masse au service d’un système puis d’une folie absolue. La démesure, voilà ce qui ressort quand on suit ce train qui s’enfonce dans la forêt au milieu de nulle part. Et on est presque étonnés de se retrouver dans ces gares improbables, hantées par des âmes russes en peine, chargées d’une histoire dont le pouvoir a effacé les traces douloureuses. Il y a un charme dans cette Russie orientale qu’on ne peut pas mesurer, qu’on ne comprend pas, mais qui nous saisit tout simplement. Aux frontières du voyage et du rêve. Les trains, surtout ceux qui traversent des contrées inhabitées ont toujours inspiré les artistes. En 2015, Thylacine, jeune musicien electro – angevin, ce qui ne gâche rien – a même composé un album concept, Transsiberian, superbe évocation, rythmée, de l’immensité sibérienne traversée au ralenti.

Le nombre de type en treillis, dans la Russie profonde, met mal à l’aise . Militaires, membres de diverses polices, mais aussi simple péquins dont c’est le costume de travail, la tenue pour aller à la chasse ou à la pêche.

Baïkal-Amour, Olivier Rolin, éditions Paulsen.

5 commentaires

  1. Un texte magnifique… comme tous ceux d’Olivier Rolin ! Dans ce récit de voyage, comme dans tous ceux qu’il a écrits, il ne se contente pas de raconter et décrire. Il donne à ce qu’il observe une profondeur passionnante, en convoquant les écrivains qui l’ont précédés, l’Histoire… Je suis une inconditionnelle 🙂
    (Ah oui, juste, entre Le météorologue et Baïkal-Amour, il y a eu Veracruz, chez Verdier. Encore un autre style…)

      1. Je laisse rarement passer un livre de cet auteur 😉
        Et, oui, Veracruz est un très beau texte, qui parle d’une femme au charme incandescent, mais aussi de la littérature. Je te le recommande !

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