Butcher’s crossing – John Williams

Butchers-crossing

Le souffle des chevaux, le claquement de leurs sabots, même les rares paroles des hommes, tout disparaissait dans le silence de la forêt, si bien que chaque son sortait pareil à un autre, étouffé, distant et calme. Les bruits sourds semblaient issus de la forêt, comme si l’y battait un cœur géant, audible de tous.

Ah ouais…là, côté grands espaces indomptables, je suis calmé pour un moment. Je viens de voyager au cœur de mes paysages favoris, les Rocheuses, je viens de passer trois cents pages âpres, dures, souvent contemplatives et lentes, au milieu de la Nature hostile, en compagnie de mâles qui feraient peur à un ours. La nature brute, généreuse et puissante, saccagée, déjà au XIXème siècle bien sûr par des hommes en quête de territoires à violer, vaniteux, attirés par la possession, cherchant à repousser leurs limites d’hommes, à dompter l’infini quitte à y perdre leur vie.

Will Andrews est un brillant étudiant à Harvard. Mais il ne veut pas de la vie qu’on lui a promise. Ce qu’il veut c’est se confronter à la dernière limite, celle de la grande nature pas encore apprivoisée, celle qu’on ne peut qu’imaginer tant que le chemin de fer n’y est pas passé. Il arrive dans la petite ville très Far West de Butcher’s crossing et il cherche l’aventure. Il a de l’argent, il est prêt à tout et il se laisse embarquer dans une expédition au-delà des territoires connus, par un chasseur bourru et décidé, Miller, qui sait, lui qui a arpenté le pays de toutes parts, où trouver l’Eldorado. Les bisons. Les milliers de bisons qui manquent déjà dans la région parcourue par des centaines de trappeurs mais que lui, sait où trouver. Alors Andrews et Miller, affublés de deux camarades d’infortune, de quelques chevaux et de huit bœufs partent alors que Septembre s’avance, vers les montagnes éloignées, dans le Colorado.

Péripéties lentes, cohorte désolée, la procession s’avance et finit par trouver. Commence alors la chasse la plus extraordinaire, le massacre le plus méthodique, le plus spectaculaire, fût-il animalier, que j’ai eu l’occasion de lire. Des peaux, des milliers de peaux et de carcasses. Jusqu’à ce que la nature se rebelle et que les hommes reprennent leur place ridicule au sein du décor.

Quel roman…Quel western sans bandits aussi. Tout est là, superbe, juste, pudique. Un manifeste écologique avant l’heure, le roman a été écrit en 1960, un texte paradoxalement parfois un peu lent mais qui vous force à rentrer dans son rythme en assumant un manque d’actions spectaculaires. Oui, on marche dans les pas du jeune Andrews et sa démarche initiatique, on ressent avec lui la soif, la faim, le froid et la transformation implacable que la nature, plus forte que l’homme finit par imposer. Si vous aimez le Nature Writing, ne passez pas à côté de Butcher’s crossing. Il est essentiel.

Butcher’s crossing, John Williams, éditions Piranha.

 

6 comments

  1. Tu en parles si bien. J’ai aussi adoré ce roman, malgré sa lenteur, qui est totalement justifiée. On a vraiment l’impression de marcher à leur côté… Me reste à lire « Stoner ». Tu l’as lu?

  2. j’ai bien envie de le lire celui-là…en Avril certainement, quand j’aurai retrouvé un peu de bande passante! (et puis j’aime bien la grosse peluche en couverture!)

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