Le camp des autres – Thomas Vinau

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Mais la forêt n’a jamais perdu ses propres règles, son propre règne, son ventre de nuit sauvage.

Politic poetry. Poésie du temps présent aussi. Thomas Vinau, on ne le présente plus. Poète qui observe son temps et passe à la prose de en temps. Vinau distille ses histoires de peu de mots. Pas beaucoup de pages et des respirations. Comme pour mieux ingérer ces phrases qui sonnent comme des vers et nous prennent par la main.

Thomas Vinau nous emmène où il veut. Il nous raconte la marge, la lisière. Il nous fait sortir du chemin où avance le troupeau. La forêt, sauvage, où se cachent ceux qui refusent la norme. Ceux qui fuient l’ordre dicté. les non conformistes, les insoumis (c’est lui qui l’écrit), ceux qui refusent de montrer du doigt ceux qui ne leur ressemblent pas. J’ai pensé à Comès, à La Belette et à Silence.

La vie est une coquine confuse qui se cache dans les gris.

Gaspard est le gosse. Gaspard a foutu le feu et il a fui avec son chien. Il est seul dans la forêt opaque et humide. Il porte son bâtard blessé. Fuite désolée. Repères incertains, monde merveilleux et inquiétant. Jean-le-blanc le recueille et lui apprend la forêt et ses trésors. Vie ralentie, gestes lents. La forêt regorge de richesses. Chaque baie, chaque feuille, chaque animal est un trésor. Et gaspard apprend.

Puis viennent les autres. une cohorte d’êtres libres et non conformes qui vivent à la marge et s’approchent parfois des villes. Gaspard les suit. C’est la « Caravane à Pépère ». Des bohémiens, alchimistes, jongleurs, montreurs d’ours. Des guérisseurs, déserteurs aussi. Des gens qui fascinent et qui font peur. On n’aime pas l’étranger. On n’aime pas celui qui se balade à la marge. ça a toujours été. En 1907, « la Caravane à Pépère » dérangeait comme dérangent aujourd’hui les Roms et les migrants. Tous ceux qui réclament le droit à la différence ou simplement à la liberté. Clémenceau se charge du « problème » et fond sur le groupe à grand renfort de policiers. Il  rassure la populace, il communique, il stigmatise. Et Thomas Vinau nous raconte avec une poésie qui se cache derrière chaque mot, comment le monde n’a pas changé et comment l’histoire aujourd’hui se répète, ici et ailleurs, comment le petit commerce de la stigmatisation de l’autre continue de prospérer. Aujourd’hui Wauquiez et Ciotti avivent la flamme et pointent du doigt. Cédric Herrou passe son temps en garde à vue et on n’est même plus étonnés, on s’est habitués, à slalomer entre les tentes Quechua, du côté de Stalingrad. Mais ça a toujours été comme ça. J’ai grandi à la campagne. On y a toujours détesté les bohémiens. Je ne vous parle même pas des arabes.

La vérité c’est qu’ils nous craignent comme des mioches enfiévrés et qu’il dressent leurs  hauts murs pour nous donner le pas à défaut de pain blanc.

Alors ce livre, ce conte lent et détaché des villes est le plus beau des antidotes. Au monde dans lequel nous vivons, à la course effrénée à laquelle on n’a jamais demandé de participer. Rien ne nous empêche de nous évader. Commencez par lire Le camp des autres et enfoncez-vous au cœur des bois.

Le camp des autres, Thomas Vinau, éditions Alma

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