Les buveurs de lumière – Jenni Fagan

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Il y a certainement des coupures d’électricité dans toute la région. Des gens assis dans des maisons glaciales privées de chauffage. En train de frapper à la porte de leurs voisins. La couche de neige augmente à chaque minute. Les fenêtres du cottage donnent sur une obscurité absolue.

Une fin du monde. Grise et froide comme une planète qui s’éteint, comme un soleil étrange qui se multiplie, comme un Gulf Stream refroidi par l’inévitable fonte des glaciers, qui apporte avec elle le pire hiver que le monde ait connu depuis des siècles. Les icebergs dérivent et se rapprochent des côtes écossaises. Le Maroc se noie sous des montagnes de neige. Les prédictions sont affolantes. Les températures chutent chaque jour et très vite on se demande si jamais elles remonteront.

Dylan, le géant débarqué de Londres, Stella l’adolescente qui vit dans un corps de garçon, Constance sa mère, lumineuse femme forte qui envoûte Dylan, et puis les fantômes de Vivienne et de Gunn, un petit monde, une petite communauté hétéroclite vit au rythme de petites préoccupations quotidiennes, dans une ambiance étrange de fin du monde. Une mort lente, c’est ce qui se dessine alors que la vie se complique chaque jour. Bientôt les morts s’accumulent, le monde se fige et pourtant, pourtant à l’intérieur de ces caravanes un peu pourries livrées aux éléments, la vie est là, avec son lot d’histoires intimes, ses amours, ses jalousies.

Jenni Fagan nous invité à observer une fin du monde au ralenti, pas spectaculaire. Terriblement humaine. Une sorte d’engourdissement progressif alors que la nuit s’installe et que la neige recouvre tout. Contemplatifs, les humains regardent l’immense iceberg qui s’apprête à dévorer la côte. Ils observent ces aurores boréales qui envahissent le ciel, ils admirent la beauté féroce de cette nature qui ne va rien leur laisser. Ils se préparent au grand noir, ils se tiennent la main dans le noir alors la fin est là.

On n’est pas dans l’horreur à la Cormack McCarthy (The Road). Pas de scènes de cannibalisme, pas ou peu de violence, juste la sensation horrible d’une fin du monde domestique, pas encore paralysée par la panique, encore habitée par un espoir dont on se demande s’il n’est pas totalement vain. 3 heures moins le quart avant la fin du monde, on ne se doutait pas qu’elle était au coin de la rue. C’est bien sûr ce qui est glaçant dans ce récit, la cohabitation entre les sentiments humains les plus riches, les méandres de la filiation, les chassés croisés amoureux, l’amitié, l’expression de la jalousie alors que le monde s’effondre autour, un côté fin du monde domestique, au coin du feu qui émeut profondément.

Les buveurs de lumière, Jenni Fagan, éditions Métailié.

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