Coyote – Colin Winnette

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On a dormi ensemble sur le canapé, cette nuit-là, le père de ma fille et moi. Ou, plus exactement, il a dormi, ses bras autour de moi, pendant que je fixais la télévision cassée. J’ai aussi regardé par la fenêtre, mais je voyais que mon propre reflet.

Y a rien de pire que des fenêtres noires dans une maison immobile la nuit. Rien de pire que votre propre reflet là où devrait se trouver le reste du monde.

Premier jour de l’année, gueule de bois (légère) et petite fessée de lecture, tendue, serrée et aérée comme une autoroute californienne dans le désert au milieu de la nuit. Il y a des silences dans ce Coyote qui en disent plus long que les sales bêtes qui glapissent (pas sûr que le coyote glapisse…) au milieu du grand nulle part. Il y a des endroits isolés dont on ne veut pas se rapprocher, jamais.

Elle a disparu. Ils l’ont couchée, comme d’habitude mais elle n’était plus là quand ils se sont réveillés. Alors ils l’ont cherchée. Leur petite fille. Ils ont couru les plateaux télé pour raconter. Et puis ils sont rentrés, le tourbillon médiatique s’est éteint progressivement, la vie a repris, elle s’est traînée plutôt, jusqu’à ce que le face à face vide comme une nuit sans étoiles, entre la mère et « le père de sa fille » ne devienne intolérable.

Il y a quelque chose d’étouffant dans ce huis-clos faussement douceâtre, orchestré par la mère narratrice dont on sent bien qu’elle marche d’un pas hésitant à la lisière de la folie. Et plus la fin se rapproche plus on sent que cette folie prend le pas sur la raison. Et on se demande si la petite a vraiment disparu ou si la folie a finalement pris le dessus, à moins qu’elle ait toujours été là, cette folie, dans le silence inquiétant de la nuit sans issue. On se croirait au cœur de l’Impurs de David Vann ou dans l’Esprit d’hiver de Laura Kasischke, au cœur de l’intime dérangé, de l’amour filial névrosé, du danger domestique, celui, implacable auquel la petite fille n’aura aucune chance d’échapper. Fort.

J’ai toujours répété la même chose – à la police, aux journalistes, aux célébrités invitées en même temps que nous, à qui vous voudrez. Je répète la même chose à chaque fois: on l’a mise au lit et, quand on s’est réveillés, elle était plus là.

Coyote, Colin Winnette, éditions Denoël

3 commentaires

  1. Si tu convoques David Vann alors je ne peux pas me dispenser de ce bouquin ! Vendu !
    Et belle année à toi aussi (2018 année des truites inuites en fuite…..si en plus elles sont instruite et jésuites. …c’est un hit !) Sorry…….

  2. Tu m’étonnes que ca te colle le blues, on n’a pas idée de lire ça en pleines « fêtes », sic !
    Dans le même genre j’avais bcp apprécié Disparitions de Natsuo Kirino …et cordialement détesté Esprit d’hiver…

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