Chanson de la ville silencieuse – Olivier Adam

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Les irruptions de mon père dans ma vie d’enfant furent rares mais elles me reviennent avec une précision que ne revêt aucun autre souvenir de cette période. A l’inverse, les semaines, les mois, les années vécus dans les parages de ma mère, dans son appartement où elle ne faisait que passer, dormir, où elle ne prenait vie qu’à la tombée du jour, sont couverts de brume, se réduisent à quelques sensations, une nuée d’images aussi troubles que silencieuses, et toujours filmées de nuit.

C’est vrai que j’ai souvent regardé Olivier Adam un peu de travers. Un peu comme un coup de cœur fané par un excès de pathos coupable. Olivier Adam adore trainer sa plume dans la mélancolie et il m’est arrivé de lui reprocher de flirter dangereusement avec la sensiblerie, que je déteste bien sûr. Pas toujours non plus, j’ai beaucoup aimé les Lisières et puis La renverse, plus récemment. Mais on n’est jamais loin avec Adam, on marche sur une crête. Parfois ça prend, parfois je hurle au misérabilisme.

Chanson de la ville silencieuse, nouvel opus.  Evidemment on ne va pas se marrer, l’auteur reste fidèle à son univers nuageux mais je ne ferai pas cette fois-ci, un procès en tire-larmes à Olivier Adam. J’ai lu le roman très vite car, un, il n’est pas très épais -deux cents pages- et deux, il manque peut-être un peu d’épaisseur, comme une béchamel flotteuse.

On y suit la quête d’une jeune éditrice parisienne partie sur les traces de son père, un chanteur ultra populaire plus Bashung que Johnny qui disparait un jour et qu’on dit mort noyé, suicidé. Mais il n’y a pas de corps. Et puis la rumeur voudrait qu’il soit devenu un chanteur de rues à Lisbonne. Alors elle part sur ses traces. Et remonte le passé, égrène ses souvenirs, refait le chemin parsemé de questions. Elle a toujours été seule. Son père figure forte mais absente. Sa mère, un fantôme désincarné dont elle ne sait pas grand-chose et elle-même, présence invisible qui n’a jamais trouvé sa place, qui s’excuse d’être là et que seule la mort, peut-être, du père parviendrait à sauver ?

Il y a quelque chose d’infiniment triste dans cette Chanson de la ville silencieuse, une réflexion sur les hommes et la fuite, sur la célébrité, sur la parenté. On peut être touché par cette histoire de rendez-vous manqué entre un père et sa fille. Il y a de très belles pages. Mais l’ensemble ne m’a pas convaincu et je suis passé à côté de la ville. Besoin de soleil sans doute.

Chanson de la ville silencieuse, Olivier Adam, éditions Flammarion.

2 commentaires

    1. Salut Marie,
      Oui, ça vaut le coup quand même ! J’avais tellement adoré ses nouvelles « Passer l’hiver », et beaucoup aimé « Les lisières ». Les autres, un peu moins surtout « A l’abri de rien » que j’ai trouvé misérabisliste.

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