Les mauvaises – Séverine Chevalier

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C’est le grand silence sans vent.

Les quelques commentaires aperçus ici et là laissaient présager le meilleur…et le pire. Le roman de Séverine Chevalier, noir comme une nuit sans lune, risquait bien de mettre une claque à ce soleil presque estival et me replonger dans l’hiver pour un moment.

Oui, le roman est sombre, vraiment sombre. Il flirte même avec le glauque, il le laisse s’approcher sans jamais le laisser déborder vraiment cependant.

Poésie noire. Ici, tout est paysage. Les corps, les personnages improbables et immobiles, cloués au sol par la chaleur et la moiteur. Ici c’est la lenteur immobile et une odeur fétide et douceâtre, celle de la mort, envahit le village alors que le corps de Roberto, la petite Roberto, docile et frêle adolescente à l’enfance volée se balance sans vie au bout d’une corde.

Chacun ses secrets derrière les portes fermées, on est en territoire méfiant et taiseux. Le corps disparait. C’est la fin de l’enfance. Oé, Ouafa et Roberto, le gang des enfances contrariées, gamins étranges, écorchés, qui errent dans la forêt, marchent sur des crêtes et se frottent au monde faussement rassurant des adultes. Il y a quelque chose qui ressemble aux heures qui précèdent l’orage, un ciel qui se voile dangereusement, un air malsain, une lumière trop blanche.

J’ai pensé à un mélange du Blast de Manu Larcenet et du Rapport de Brodeck de Claudel, je me suis baladé, mal à l’aise dans ce texte riche, très visuel, à la langue incroyablement maitrisée, qui m’a laissé une drôle d’impression de fin de rêve foireux. Pour moi, Les mauvaises est un texte magistral, pas vraiment une lecture de plage, la traversée d’un lent cauchemar moite aux contours indécis, en apnée.

Des mises en scène macabres venaient aux esprits; on n’aurait pas été surpris plus que ça de découvrir incidemment accrochée à une croix à la croisée des deux chemins, comme partout ici, une croix, une tête de fille pourrie recouverte de mouches bourdonnantes, au-dessus d’un Jésus crucifié; un bras, sorti d’un buisson d’épines ou d’un marécage; des doigts de pied bleuâtres et boursouflés, aux ongles peints, dans un étang, une rivière, remontés par l’épuisette d’un gamin, la ligne d’un vieux pêcheur.

Les mauvaises, Séverine Chevalier, La manufacture de livres.

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