Berlin On/Off – Julien Syrac

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Vraiment, le marché de la poésie est une occasion à ne pas rater. J’y vais chaque année pour rencontrer des éditeurs de poésie, et chaque année j’en repars avec cinq ou six recueils de poésie que je n’ai pas l’intention de lire mais que j’achète aux éditeurs  chez qui j’aimerais publier mes poèmes dans l’espoir de leur faire une impression favorable et qu’ils se décident à les publier. Ce qu’ils ne font bien sûr jamais.

Je sais que ça n’a rien à voir mais puisqu’on fête à tout va les trente ans de la mort de Desproges, je fais le parallèle. Bien méchant celui qui m’en tiendra rigueur. J’ai dévoré ce Berlin On/off qui m’a fait penser, ce n’est quand même pas rien, au maitre du rire littéraire.

Inviter une poétesse polonaise à tête de hibou dans un local bas de plafond un soir d’orage avec comme thème principal de l’œuvre poétique Comment être poétesse, mère, chrétienne et féministe quand on a été violée par son père dans un pays catholique aussi sordide que la Pologne communiste ? n’était pas une excellente idée.

Je n’avais aucune idée avant d’ouvrir ce bouquin à la couverture totalement improbable, presque moche, disons-le, de ce qu’il contenait. Je devinais, grâce à la quatrième de couverture, une sorte de bordel acide autour de l’art, mais rien de plus. Je ne m’attendais pas à rire. Et encore moins à rire à toutes les pages. Berlin On/Off est le portrait hilarant et absurde, à la première personne, d’un artiste en herbe « Lost in l’art » en Germanie. Tantôt accompagnateur de poétesse israélienne, désabusé et franchement paumé à l’aéroport de Berlin, tantôt modèle nu dans un cours dispensé par un vieux prof résidu aigri d’Allemagne de l’Est communiste, un cours dans lequel se pointe, totalement inattendue, sa colocataire, la fadasse Julia Müller; ou bien sculpteur en devenir, poulain maltraité par Youri, déchet au chalumeau, à l’âme russe à la picole volontaire et au poing toujours prêt à donner, peut-être génie mais probablement pas du tout, maitre d’une petite troupe désolée faite de losers à mi-chemin entre la cloche et le grand soir.

Il y a tout dans ces trois histoires d’apprentissage. De l’humour, beaucoup, de la poésie surtout, contemplative par moments. Il y a une bonne dose d’ironie, de recul devant le grand cirque de l’art et Julien Syrac se moque de son petit monde artistique, des allemands aussi – j’ai pourtant une interdiction personnelle à la moquerie teutonne- avec fluidité et langue, un truc qui me rappelle, donc, le Pierre Desproges que j’étais trop jeune pour savourer à l’époque. Génial.

A la fin de chaque mois, au moment de ne pas payer son loyer, Bernie se montrait subtilement gentil et disponible.

PS : J’ai relu quelques pages pour écrire cette chronique et c’est encore mieux la deuxième fois…

Berlin on/off, Julien Syrac, Quidam éditeur.

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