Idaho – Emily Ruskovich

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Quand on aime quelqu’un qui est mort, et que sa mort disparait parce qu’on ne peut plus s’en souvenir, il ne vous reste que la douleur d’un amour non partagé. Ann sait que dans ses moments les plus calmes, Wade cherche la source de cette douleur. Il la cherche chez Ann. Il la cherche dans la montagne.

Je ne sais pas encore l’empreinte que Idaho va laisser. Dans ma mémoire et dans la grande histoire de la littérature américaine. J’ai lu ce roman d’une traite. Pas pu le reposer avant d’avoir terminé. Trop intense malgré la lenteur. Trop chargé en émotions aussi. Troublant. Ça faisait longtemps que je n’avais pas été bouleversé comme ça. Je ne faisais pas le malin quand je l’ai refermé.

Il y a du chef d’œuvre dans ce premier roman. Quelque chose de très fort, de désespérément magnifique aussi.

Un drame familial impensable. La pire des tragédies, l’infanticide. Un accès de folie, un instant hors du temps qui fige le paysage et change à jamais le destin de tous ceux qui se retrouvent sur la photo. Une famille tranquille, deux parents qui coupent et ramassent du bois dans la forêt, deux petites filles qui jouent. Et puis…

Comment vivre ensuite ? Quelle place accorder à la mémoire ? Quelle est la signification même de la vie ? Wade, le père, Ann, sa nouvelle épouse, l’ombre des petites filles, omniprésentes malgré l’absence, Jenny, la mère. Idaho est une autopsie de la vie qui se fige dans un moment d’horreur. Un retour lent et méticuleux sur ce qui conduit au drame. Retour sur les années, sur les heures qui précèdent le séisme.  Petites tranches de vie à priori insignifiantes où se nichent les prémices, les pièces du puzzle.

Atmosphère étouffante en présence de l’ennemi intime. On se croit chez David Vann ou chez la Laure Kasischke d’Esprit d’hiver. Irrespirable. Et c’est bien sûr là que s’exprime le talent d’Emily Ruskovitch, dans cette tension insoutenable qui rappelle certains moments du Shining de Kubrick. L’orage est là, prêt à exploser. On sait, dès les premières pages que l’impensable est arrivé. Comment ? On va le découvrir petit à petit. On va y revenir. On va chercher à comprendre, puis avec Wade, Ann et Jenny, on va traquer la vie au cœur de ce purgatoire où errent sans but ces âmes perdues dans une nature aussi enveloppante qu’inquiétante.

Magnifique travail sur la mémoire, sur le deuil et le sens de la vie, Idaho est un énorme coup de cœur. Bouleversant.

Idaho, Emily Ruskovich, éditions Gallmeister.

13 commentaires

  1. Je l’avais dans ma ligne de mire. C’est le premier billet que je lis et je suis ravie de ce que tu en dis. Vann, Kasischke? C’et convainquant. J’ignorais à propos de l’infanticide. C’est casse-cou comme thème. Je suis curieuse de voir comment c’et tricoté.

  2. Il est dans ma pile celui-là… mais si le thème m’intéresse au départ, je n’ai tellement pas aimé Esprit d’hiver que du coup, j’ai peur…

  3. Je viens de le terminer, et il résonne encore en moi. j’ai rarement lu un premier roman aussi maîtrisé, réussi, aussi fort, et surtout cette écriture ! Tu en as écrit une superbe chronique ! Pour ma part, j’aurais aimé avoir un peu plus de réponses à la fin du livre …

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