RADISSON indien blanc agent double – Marie-Hélène Fraïssé

9782742773626

Hors-série. Je me détache des récits conventionnels, la tête encore un peu à l’Amérique des grands espaces. On a traversé les plaines immenses, marquées par le vide et la présence un peu désolée des indiens sur le bord des routes, descendants un peu figés, réduits à un folklore de plumes pour touristes pressés.

Retour aux origines, aux premiers jours de la Nouvelle France, à la faveur du portrait d’un pionnier de l’époque, un aventurier français, Pierre-Esprit Radisson, qui aura marqué son époque, vécu mille vies, échappé à toutes les tortures et toutes les morts avant de courir l’argent et les peaux, de trahir la patrie pour rejoindre la perfide Albion, puis de tout perdre pour mourir seul et sans le sou à Londres en 1710.

1651, La Rochelle, le jeune Radisson embarque sur un voilier qui l’emmène vers cette Nouvelle France prometteuse, le futur Québec. Rien à perdre en France, l’orphelin va retrouver sa sœur à Trois-Rivières où une petite colonie s’est installée et survit tant bien que mal entre épidémies, hivers insupportables et attaques incessantes menées par les indiens, Iroquois et Mohawks, tribus indigènes féroces et brutales portées sur la torture et l’anthropophagie. A peine arrivé, Radisson, fougueux adolescent, se fait capturer et adopter par les Mohawks. Il s’échappe au bout de quelques mois, se fait torturer mais est pardonné et passe à nouveau quelques années chez les Mohawks. Avant de se réchapper.

Voilà la vie de Radisson, une vie instable, sur le fil passée à courir les bois, à échapper aux indiens et à la mort. Un vie sur un canoe en compagnie de son intrépide beau-frère, Desgroseillers, un autre coureur des bois que l’appât du gain et le goût de l’aventure font courir ou ramer de rapide en rapide et de massacre à la hache en embuscades quasi suicidaires.

Le commerce des peaux justifie à lui seul l’attachement de la France de Louis XIV à cette immensité hostile. Il faut donc fournir le plus de peaux possibles. Mais la France lointaine est ingrate et la fortune espérée par les deux beaux-frères trop aléatoire. Alors ils se tournent vers l’ennemi intime, l’Angleterre, qui en 1665, débarrassée de Cromwell, décide de passer à l’offensive en Amérique et attaque la colonie Hollandaise de la nouvelle-Amsterdam pour créer New-York. Les deux français sont donc passés à l’ennemi, dans l’espoir de s’enrichir le plus vite possible à grands coups de peaux de castor. Les peaux, le nerf de cette guerre, qu’on « récolte » et expédie plus rapidement depuis le nord, depuis la baie d’Hudson, à condition de passer les côtes du Labrador avant l’hiver.

Bref, mais c’est difficile, la vie de Radisson est une vie de mercenaire à mille rebondissements, une vie qui ne veut pas faire allégeance, qui prône la liberté absolue, quitte à ce qu’elle s’affranchisse des règles élémentaires de l’humanité. Radisson a torturé, tué, beaucoup. Il a pratiqué le cannibalisme. Pour beaucoup il trahi la France au profit de l’Angleterre. Un vrai libéral avant l’heure qui ne demandait que le droit de s’enrichir contre quelques coups de hache de temps en temps.

Il est mort à Londres et sans un sou. Ça me rassure presque. Y avait quand même une morale à l’histoire.

Radisson, Indien blanc, agent trouble, Marie-Hélène Fraîssé, Actes Sud.

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