Personne ne gagne – Jack Black

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Retour du far-West, la tête encore un peu dans les canyons, je me décide à lire ce Personne ne gagne. Parce qu’on ne peut pas vraiment se balader dans le Grand Ouest sans penser à ce que ces paysages ont dû inspirer aux premiers pionniers, sans penser à ces diligences et ces banques en bois qui se faisaient braquer, à ces bandits célèbres dont la réputation a traversé les décennies. J’ai grandi avec Lucky Luke et les Daltons. Avec Jesse James, Calamity James et Billy the kid. Témoignage unique publié en 1926, Jack Black est un des acteurs de cette époque révolue, écrit.

Black,un de ces bandits de grand chemin qui ont hanté les USA à la fin du XIXème siècle, sautant de wagon en wagon, passant de pénitenciers en cavales, passant leur vie à chercher le bon coup, souvent en vain, à jouer au chat et à la souris avec les policiers, les victimes et les fusillades. Jack Black raconte, sa vie. Une vie d’aventurier en mal de reconnaissance, paternelle essentiellement. Une vie sans attaches, passée sur la route, sur les rails plutôt, avec les « hobos », les « yekks » (briseurs de coffres), les « Johnson », sortes de gentlemen cambrioleurs. Une vie de parasite, d’exclu volontaire qui rôde à la marge, qui passe de pension pouilleuse en hôtel miteux pour ne pas se faire repérer. Une vie nocturne aussi où Black apprend à interpréter la respiration de ses victimes, à choisir le bon moment pour pénétrer dans une maison cossue, histoire de piquer quelques billets et des bijoux.

Une vie de petits larcins, de petite frappe. Black n’a jamais vraiment fait de gros coups. Il aurait pu mais Black de son propre aveu, n’avait pas suffisamment le sens du détail et s’évertuait à perdre rapidement le peu qu’il parvenait à voler. Alors il se retrouvait à nouveau sur les rails, à l’est, à l’Ouest surtout ou au Canada, et il tombait sur ses amis de route, les autres seigneurs du cambriolage vagabond, sans attaches comme lui, Sanc, Smiler, George ou Salt Chunk Mary. Il refaisait des plans, préparait des coups qui finissaient souvent en désastre, parfois au pénitencier.  Car oui, Black a écumé les prisons de l’Ouest et du Canada. Il a passé des années en cellule, s’est fait tabasser, torturer même mais il n’a jamais trahi un camarade. Oui il y a des codes d’honneur dans cette société parallèle. Il y a les gentlemen et les autres. Et le flingue se charge de faire la loi ici aussi.

Ce qui frappe dans ce récit autobiographique, c’est le parcours, la transformation progressive du jeune voyou, sans peur et sans conscience, qui vit le nez en l’air poussé par l’aventure et l’appât du gain facile, en un homme brisé par les années et les échecs. Un homme qui finit par rentrer dans le rang, par accepter les codes d’une société qu’il déteste, parce qu’elle est la seule, à la fin, à pouvoir lui apporter la paix et la tranquillité, la seule alternative à la mort finalement.

Personne ne gagne est un texte très fort, en trompe l’œil qui ressemble au départ à une collection de péripéties, puis qui s’épaissit en même temps que son personnage. Du vagabondage physique on passe à l’errance spirituelle et au questionnement –superbe remise en cause de l’univers carcéral et de la vertu tout sauf réparatrice de l’emprisonnement en particulier – à la remise en cause puis une certaine forme de rédemption vraiment passionnante. Etonnant récit d’une époque qu’on sait révolue et pour laquelle on éprouve une forme de nostalgie étrange et paradoxale car elle évoque finalement, La liberté.

Personne ne gagne, Jack Black, éditions Monieur Toussaint Louverture.

 

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